mardi 25 juin 2013

La nuit tombée d'Antoine Choplin

La nuit tombée d'Antoine Choplin (La fosse aux ours, 128 pages, 2012)

Incipit :

Après les derniers faubourgs de Kiev, Gouri s’est arrêté sur le bas-côté de la route pour vérifier l’attache de la remorque. Avec force, il essaie de la faire jouer dans un sens puis l’autre et, comme rien ne bouge, il finit par se frotter les mains paume contre paume, l’air satisfait.

Le personnage principal, Gouri, souhaite faire un voyage particulier, récupérer un objet dans la ville de Pripyat, située dans la Zone. Cette dernière est l'endroit délimité et interdit entourant le site de Tchernobyl après la catastrophe nucléaire.  Un récit post-apocalyptique sauf que pour une fois il ne s'agit pas de science-fiction ce qui le rend d'autant plus empathique et effrayant.

Une histoire (trop) courte des actes héroïques et désespérés d'inconnus qui ont sacrifié leur vie sur le réacteur n°4, un sale boulot payé au prix fort. Des poèmes touchants pour décrire l'indicible, de la mort lente infligée à quelques rescapés, un témoignage sensible de ces familles déplacées qui ont tout perdu du jour au lendemain. Une mélancolie intense de cette traversée féerique et mortelle, d'une beauté létale.

Un désastre technologique, camouflet à l'hybris de l'humanité, thaumaturge aux pieds d'argile avec sa cohorte de conseillers du prince aux propos lénifiants ("pas de problème de santé publique", message laconique officiel). Et les pauvres gens pour nettoyer ... et périr.

Une ambiance finement distillée, qui ne rassure pas dans un pays qui utilise abondamment l'énergie nucléaire, un livre salutaire qui se paye le luxe de la poésie sur un sujet ne s'y prêtant, a priori, pas du tout.

Note : 8,5/10

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