dimanche 14 juillet 2013

A people's history of American Empire by Howard Zinn

A people's history of American Empire by Howard Zinn (Metropolitan Books, 276 pages, 2008)

Un roman graphique basé sur Une Histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours, un résumé illustré d'une vision non conformiste de l'histoire des États-Unis non pas écrit ici par les vainqueurs, les puissants, les idéologues, les faucons, mais plutôt vu au travers des peuples, des personnes, qui ont subit l'hégémonie, la realpolitik, l'impérialisme des États-Unis. C'est un livre sur le pouvoir, celui de l'état.

Même moins précis, moins dense que la version écrite, c'est une compilation des effets liés à l'expansion, à la domination de peuples (ici le peuple américain) sur les autres, une dénonciation en règle des mensonges, des hypocrisies, des atrocités commises au nom de valeurs et des contradictions internes aux états-unis, en particulier lors de la guerre du Vietnam à la fois libérer un peuple et maintenir au sein de l'armée une ségrégation raciale.

Il peut être utile d'avoir une vision partiale afin de contrebalancer la vision idéalisée qui peut parfois être véhiculée pour des raisons politiques, d'auto-censure pour être bon patriote, de manipulation pour complaire à un lectorat etc. Mais dans Les américains d'André Kaspi, l'histoire est plus complète sans pour cela édulcorer les travers du hard power. De même The Us in a Nutshell  par Alain Guët et Philippe Laruelle n'hésite pas à dire clairement les choses avec toute sa complexité.

Il est tout de même intéressant de revisiter les événements sous l'angle du pouvoir et des agendas cachés et Howard Zinn fait un travail admirable et nécessaire en mettant le doigt là où cela fait mal, ce qui peut toujours être fructueux s'il est suivi de débats et de prospectives constructives. Il dénonce le double discours, la realpolitik, la géopolitique de l'énergie et de la domination au détriment des peuples. Ce qui est souvent révélateur est aussi les discours des détracteurs de ce type de recherche ou d'angle d'approche. Car le pouvoir n'aime pas être critiqué ou remis en question, qu'il soit celui d'un pays ou d'un homme de pouvoir.

Howard Zinn rappelle aussi tous ceux et toutes celles qui ont choisi, avec courage, de lutter, au prix souvent de leur liberté personnelle voire de leur vie. Et il finit sur ce message d'espoir que l'être humain, tout en commettant les pires atrocités, est capable de se battre pour des valeurs comme la liberté et l'égalité. Certes. Je crains que cela ne change pas grand-chose, le pouvoir corrompt, ce n'est pas nouveau. Les relativement récents mensonges à l'ONU pour déclencher la guerre en Irak en dépit d'un très long passé d'actes similaires montrent au contraire que tout pouvoir agit de la même manière et que les instances démocratiques ou d'équilibre du pouvoir sont constamment attaquées, détournées, manipulées. C'est une lutte dont je ne vois pas la fin. Un article de l'International Herald Tribune (juillet 2013) sur Snowden, très partial, l'accusant de traîtrise, de remettre en cause l'équilibre de la cité, du pacte de confiance (sic) avec l'état etc. ignorait avec superbe, entre autres, les violations notamment du droit international (les écoutes des instances Européennes). Le journal Le Monde en profitait pour dire que la France faisait de même (espionnage) et que c'était pire car au moins aux états-unis il y avait un acte juridique, secret. Déjà s'il est secret, quelle valeur peut-il avoir ? En quoi cela autorise-t-il de violer la constitution américaine ? Cela déplace le débat dans le domaine juridique et tout ce que cela peut avoir d'écran de fumée. C'est le même principe que la redéfinition du concept de torture pour le water-boarding. Déplacer dans le monde du droit, leurs débats sans fin, les arguties à n'en plus finir est une tactique du pouvoir et permet d'avoir toujours, de longues années après, le camp de Guantánamo. Le water-boarding est indiscutablement de la torture et pourtant ... Ce livre d'Howard Zinn montre les effets du pouvoir, comment il arrive à s'imposer, à détruire, à maintenir ses adversaires en faiblesse. Comment le pouvoir arrive à violer les lois, à les détourner, à les ignorer. Et comment le pouvoir trouve toujours des individus qui sont prêts à le servir.

La mise en camp des japonais vivant aux états-unis lors de la deuxième guerre mondiale est rappelé de façon factuelle dans ce livre mais a également été transmis par la littérature comme dans le récent Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka (lu peu avant de commencer ce blog). Ces deux objets procèdent de la même démarche d'éclaircir la complexité en rappelant que tout pouvoir s'exerce de façon ignominieuse et que des vies sont saccagées aveuglément. Cela montre également à quel point des destinées peuvent être le fruit des courants de l'Histoire.

Certes le danger est de se suffire de l'histoire d'un pays vu uniquement sous cet angle mais il serait tout aussi dommageable de se passer de cette façon de voir. Le problème est que si les individus sont polarisés (droite/gauche) comme c'est le cas d'une grande majorité d'américains, les convaincus le sont déjà et les autres privilégieront leurs visions, soit en ignorant soit en attaquant avec mauvaise foi ce type de discours ou d'ouvrages. Mais pour le citoyen qui souhaite comprendre, mettre en perspective ses idées, il faut lire ce type de livres (entre autres), c'est de salubrité publique.

L'autre danger est de confondre le gouvernement américain et son peuple, voire de nourrir un antiaméricanisme primaire mais est-ce imputable à Howard Zinn, à ses livres, ou à la bêtise des anti-américains primaires qui ne valent pas mieux, à mon sens, que les pro-américains tout aussi bornés ? Je pense qu'il est de loin préférable de pouvoir lire Howard Zinn.

Note : 10/10

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