vendredi 5 juillet 2013

Eloge de la faiblesse d'Alexandre Jollien

Éloge de la faiblesse d'Alexandre Jollien (Marabout, 95 pages, 2012, éditions du Cerf en 1999)

Un titre sous forme de clin d’œil  à d'autres ouvrages philosophiques comme Éloge de la folie  d'Erasme pour le titre et également sur la forme, ici la dialectique.

Un discours, donc, entre Alexandre Jollien et Socrate sur l'état de faiblesse d'Alexandre et la force puisée dans cette faiblesse supposée, un regard riche sur le handicap par l'intéressé lui-même et non par un spécialiste, qui serait un regard extérieur, et l'apport de la philosophie sur l'épanouissement de l'auteur.


Un regard plein de réflexions, aussi bien sur la notion de normalité, sur la société que sur les éducateurs où ressort qu'il faut connaître afin de mieux comprendre et finalement accepter l'autre. Un livre qui met en exergue l'hypocrisie et l'incohérence entre les idées professées et l'attitude adoptée (les "dissonances cognitives"). Un livre fort, aussi, sur l'amitié.

Je trouve des parallèles étonnants avec l'autre livre que je lis en ce moment (The evolution of Calpurnia Tate) entre Calpurnia et Alexandre. Isolé du monde (et donc de sa culture, de ses codes) dans une certaine mesure, elle dans une ferme, lui au Centre, un handicap, pour Calpurnia d'être une fille et de subir le conformisme lié à sa condition de femme en devenir, le Darwinisme, explicite dans le livre de Calpurnia et cité plusieurs fois dans celui d'Alexandre Jollien en particulier sur l'esprit d'adaptation et, comme le dit un biologiste, sur le défi, qui est le propre du vivant.

Certes être un fille n'est pas un handicap en soi (?!), c'est aberrant de dire cela, mais plus qu'un handicap perceptible et visible c'est la case dans laquelle on vous enferme, la destinée à laquelle on vous destine parce que fille, et les règles imposées. Un peu comme Alexandre Jollien justement qu'on enferme, qu'on limite à des possibilités, qu'on cadre selon des normes, réflexions, analyses, que l'on moque parfois etc. de par son état visible. Qu'on maintient dans son handicap en fait. Le tout par peur, conformisme, incompétence parfois, incompréhension et bêtise.

En ce qui concerne la bêtise, Albert Einstein disait 

Deux choses sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue.
Le pire étant peut être la pitié, la commisération, dont les effets pervers sont très bien décrits et qui font partie peut-être des meilleures leçons à retenir afin d'adopter une attitude plus constructive.

Une pierre ajoutée à l'édifice pour une meilleure intégration du handicap. Il y a une évolution du regard porté sur ce dernier. Cela se ressent avec l'accessibilité imposée dans les Universités et l'élargissement du concept de handicap, chacun pouvant l'être un jour, même à titre temporaire et profiter des aménagements. Par exemple vous revenez du ski, une jambe dans le plâtre et vous bénéficierez de la rampe d'accès prévue pour les fauteuils roulants.

C'est dans l'émission du Grand Entretien de François Busnel (France Inter) que je l'avais entendu et déjà cela m'intéressait de le lire. Finalement c'est mon épouse qui l'a commandé ! Merci à elle.

Note : 10/10

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