dimanche 7 juillet 2013

La première chose qu'on regarde de Grégoire Delacourt

La première chose qu'on regarde de Grégoire Delacourt (JC Lattès, 265 pages, 2013)

Incipit :

Arthur Dreyfuss aimait les gros seins.
Il s'était d'ailleurs demandé, si d'aventure il avait été une fille, et parce que sa mère les avait eus légers, sa grand-mère lourds, du moins dans le souvenir des étreintes asphyxiantes, s'il les aurait eus gros ou petits.
La rencontre improbable, dans un petit village de Picardie, entre un garagiste et Scarlett Johansson qui débarque chez lui inopinément.


Au départ cela me rappelle que l'habit ne fait pas le moine, qui est un lieu commun, qu'il ne faut pas juger sur les apparences, autre variante du même poncif, que les mecs ne sont que des obsédés (un peu réducteur) mais que d'un autre côté il y a presque toujours le regard comme premier contact, que le physique fait partie de la construction du désir et d'une liaison naissante et que s'il faut aller au delà, il est difficile de s'y soustraire totalement.

Être ne se résume pas à paraître et se pose rapidement la quête de l'identité, de la dualité externe/interne, que l'auteur complique par l'altération de nos imaginaires, parasités, envahis par notre monde d'images, de vidéos, de stars, de mode, de paraître justement. Source de perte de repères, ce storytelling qui nous vend du glamour, du rêve, réifie l'humain et rend tragique ce monde superficiel peuplé d’illusions et d'icônes.

Difficile alors de penser par nous-mêmes, de désirer l'autre pour ce qu'il est, la confusion des sentiments est alors à son paroxysme. Où être le sosie d'une star peut devenir une prison, où il est difficile alors d'exister pour soi comparé à ces modèles, représentations médiatiques construites, factices de perfection, qui nous sont assenées jour après jour, à la fois pour notre plaisir mais dont la fonction aliénante est indubitable.

Extrait :
../.. ; il comprend qu'on est jamais aimé pour soi mais pour ce qu'on comble chez l'autre

De manière assez ironique cette vision est confortée par la plainte de la multimillionnaire Scarlett Johansson contre l'auteur et l'éditeur, démontrant par cette action que son nom, devenu une marque, qu'il faut rentabiliser, monétiser et qui ajoute à la tristesse du tout paraître dénoncée justement par cet ouvrage.

Pourtant l'actrice, célèbre, qui avant d'être connue aurait apprécié l'ouvrage car participant à son image, au "buzz" comme on annone aujourd'hui, dans une prison elle aussi car moins libre que si elle était inconnue d'une certaine manière, préfère, à son sommet de star et richissime, participer et renforcer ce que dénonce cette histoire tragique. Ce qui rend ce livre encore plus intéressant. Merci à Scarlett donc.

J'étais dubitatif au départ mais mon regard a changé vers la fin. Merci à Catherine qui justement avait prévenu de ne pas se laisser aller à un jugement hâtif et d'aller au delà des premiers chapitres. Avec raison.

Une belle histoire d'amour tragique, très actuelle dans ses descriptions (qui me rappelle Les années d'Annie Ernaux et sa façon de faire pour suggérer une époque) avec un message qui a su susciter mon intérêt.

Et puis vous apprendrez ce joli mot : Maragogype.

Un petit correctif du texte d'Aaron, que j'aime beaucoup : "for every step in any walk any town of any thought i'll be your guide" page 184. Thought et non thaught.

Note : 9/10


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