lundi 15 juillet 2013

Un homme effacé d'Alexandre Postel

Un homme effacé d'Alexandre Postel (Gallimard, 243 pages, 2013)

Incipit :

 Quelques heures avant que l'épouvante et la honte ne s'abattent sur sa vie, Damien North téléphonait au service informatique de la faculté, ce qui le mettait toujours mal à l'aise.

Un professeur d'Université, Damien North, se retrouve sur le banc des accusés après que soit retrouvées sur son disque dur des images à caractère pédopornographique (Le maximum sur l'échelle d'Abel pour certaines images ...).

Très bien écrit, mettant en scène la descente aux enfers d'un innocent, ce roman montre avec talent l'envers du décors et dénonce avec autant de talent la machine à tisser les récits comparée audacieusement avec la rémanence rétinienne. C'est d'ailleurs un des points forts de ce livre que de montrer comment le corps social comble les vides d'éléments éparses et construit une image, fictive, d'un individu par exemple, et comment cet avatar devient le référent au détriment du réel.

Comment aussi le droit est perverti, où tactiquement il est judicieux de plaider coupable alors qu'on est innocent et comment le mensonge, déjà fruit des constructions de l'esprit, devient la nouvelle base sur laquelle on prétend juger. Cela est un des autres points forts de ce livre.


Extrait (qui est une des clés du titre) :

L'homme des temps préhistoriques ne laissait derrière lui aucune archive, mais pléthore de traces. Je ne laisse pour ainsi dire aucune trace, mais pléthore d'archives. Nous nous ressemblons, lui et moi, en ce que ni lui ni moi ne maîtrisons ce que nous laissons derrière nous. Ce qui fait de nous des proies.

Un sujet souvent traité, l'erreur judiciaire, comme dans Arrêtez-moi là ! de Iain Levison, que j'ai lu il y a quelques mois, et sa machine judiciaire où notre destinée ne nous appartient plus, où il n'y a plus de bon choix, où vous êtes marqués par l'opprobre, où tout devient suspect. Mais Alexandre Postel offre un regard incisif et personnel qui fait toute la saveur de ce livre.

Dans notre société médiatique, renforcée par les réseaux sociaux, dont les commentaires dans le livre sont criants de vérité tant par leur bêtise que leur manque total de fondement raisonné, où tout est histoire (storytelling), où tout est théâtre, où tout est construction, la vérité s’entremêle avec la fiction, comme le thaumatrope très justement cité.J'ai ressenti souvent l'intelligence de l'auteur transpirer au fil des pages sans que cela nuise à ma lecture, au contraire je dirais.

Un roman qu'Alexandre Postel maîtrise parfaitement. Il nous livre une réflexion bien étudiée sur le sujet, où un innocent devient le jouet de forces qui le dépassent et nous pousse à nous interroger sur la fragilité de nos vies qui peuvent basculer du jour au lendemain.

Note : 9,5/10

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