dimanche 22 septembre 2013

Les évaporés de Thomas B. Reverdy

Les évaporés de Thomas B. Reverdy (Flammarion, 304 pages, 2013)

Incipit :

Il est assis à son bureau, face au mur, la tête dans les mains, penché sur les feuilles de papier à lettres couvertes de son écriture fine, au feutre noir. Il ne les voit plus cependant.

Un japonais, Kaze, décide de disparaître (s'évaporer selon la culture japonaise). Sa fille, Yukiko, vivant aux États-Unis embauche son ex, Richard B., poète détective, pour l'aider à le retrouver. Ce dernier fera notamment la rencontre d'Akainu, adolescent de quatorze ans, lui aussi un évaporé.

Le titre aurait pu être Fukushima ou encore Tsunami, mais Les évaporés est à la fois un titre plus original et bien plus élégant, emprunt de culture japonaise à laquelle l'auteur semble attaché intimement (comme il est possible de le constater sur son blog A french writer in Kyoto).

Cela tombe bien, la culture japonaise m'intrigue et m'intéresse depuis longtemps, j'espère y aller un jour ; de plus le roman démarre à San Francisco, une ville que j'ai eu le grand plaisir de visiter une fois, qui est sous la menace du Big One et ce choix n'est pas du au hasard. L'auteur fait également explicitement référence à Richard Brautigan dont j'avais lu le roman assez savoureux Dreaming of Babylon, narrant les déboires cocasses d'un détective pas particulièrement futé (un des souvenirs de Richard B. est d'ailleurs la trame de Dreaming of Babylon).

Sous le prétexte de s'intéresser aux disparus au Japon, les johatsu, l'auteur dépeint un Japon moderne peu après la catastrophe du tsunami et du désastre qui s’ensuivit, la destruction de la centrale de Fukushima. A l'instar de La nuit tombée nous sommes témoins des coulisses terribles au niveau humanitaire de ce drame technologique.

Les temps changent et nous sommes soumis aux contingences, qu'elles soient économiques, sociales, sociétales ou naturelles. S'adapter est la règle, comme survivre, et disparaître est une option comme une autre.

A la fois il y a distinction, séparation, différence, due à la culture, aux codes (langage, classement des supermarchés, hiérarchies, politesse etc.) mais rapprochement, parce qu'humain,  lorsqu'il y a effondrement (vie, ville, économie, famille, travail) symbolisé par la passerelle linguistique d'houmuresu qui provient d'homeless (Japon / Amérique).Que la pègre, ses milieux interlopes, son organisation, qui fait partie du Japon, traditionnel ou moderne, soit au final la solution la plus efficace peut dessiller les plus naïfs.

Un sujet enrichissant qui, après les remarques du gouvernement Japonais contre le Canard Enchaîné pour quelques caricatures, ne fait qu'accentuer  l'incrédulité devant cette tentative assez minable du pouvoir Japonais au regard de son incurie ainsi que de l'incompétence et de l'impéritie de TEPCO réduit à cette opération de com'. Finalement nous ne sommes pas préparés à ce type de catastrophe quoique puissent en dire les politiciens et les experts. Ce livre ne le démontre pas en tant que tel mais en fait le constat romancé. En France, un expert nous avait averti de ne pas nous inquiéter, le nuage radioactif s'arrêtant à notre frontière. Au Japon c'est la mer qui fera disparaître toute cette radioactivité ... par magie.

Une telle catastrophe dans un monde numérique où tout dépend des réseaux, du cloud, des datacenters fait frémir, un prochain chapitre pour Collapse de Jared Diamond ?

Mais quel prénom se cache derrière le B. de l'auteur ? Brautigan ? je plaisante, mais je n'ai pu trouver ...

Un livre émouvant avec un regard intéressant sur la société japonaise, des moments de pure poésie, avec un passage sous forme de conte fantastique, plein d'humanité.

Note : 9/10

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