mercredi 4 septembre 2013

Théorème vivant de Cédric Villani

Théorème vivant de Cédric Villani (Grasset, 288 pages, 2012)

Incipit :

Un dimanche à 13 heures ; le laboratoire serait désert, s'il n'y avait deux mathématiciens affairés. Un rendez-vous intime pour une séance de travail au calme, dans le bureau que j'occupe depuis huit ans au troisième étage de l’École normale supérieure de Lyon.

Un beau titre qui rappelle que les mathématiques, aussi abstraites et absconses qu'elles puissent être, sont le fait d'hommes et de femmes qui travaillent dur, qui ont des doutes, qui utilisent leur intuition, qui font des rencontres et s'enrichissent à leurs contacts, bref que c'est un processus de découverte chaotique. Et qu'une des formes pures des mathématiques, le théorème,  dans toute sa concision, dans tout son dénuement n’apparaît pas ex nihilo par magie mais est le fruit d'un travail intense, de collaborations et même de refus par une revue prestigieuse qui remet en question les points les plus faibles et participent à l'amélioration de la démonstration.

Cédric Villani nous fait ressentir son amour passionné pour la recherche mathématique qui m'a rappelé Logicomix de par son témoignage profondément humain. Bien que je ne comprenne pas les équations, il est possible d'en apprécier leur complexité formelle, bien plus que de quelques phrases indiquant que c'est difficile. Là je m'en rends compte par des traces concrètes : échanges de mails, et l'usage indissociable de TEX, en-tête de mail qui indiquent des métadonnées comme l'heure (le mathématicien n'a pas des horaires fixes ...), notes de conférence, papiers de recherche, usage de l'anglais.

La personnalité originale de l'auteur ajoute un cachet pittoresque plaisant, et les références régulières à l'histoire des mathématiques ou à d'autres chercheurs, illustrée par des gravures, mais aussi aux lieux prestigieux de la recherche, complète un tableau original et poétique d'un monde rarement exposé aux yeux du grand public. Le tout couronné par une récompense remarquable, la médaille Fields et où il est possible de ressentir (modestement en tant que lecteur) cet accomplissement et le déroulement de cette remise de prix à travers quelques anecdotes.

Ne pas comprendre les notes ou les démonstrations (sous forme d'extrait, la version finale faisant 180 pages environ ...) ne m'a pas gêné, au contraire cela donne un aspect ésotérique qui se marie parfaitement avec le quotidien de Cédric Villani qui a des goûts ou des références culturelles parfois étonnants (pour un mathématicien de son niveau et parce que c'est certainement contraire à l'image (cliché) que je me faisais du mathématicien dans sa tour d'ivoire)

Extrait :

Un mathématicien est comme un aveugle dans une pièce noire, cherchant à voir un chat noir, qui n'est peut-être même pas là ... C'est Darwin qui l'avait dit, il avait raison ! Le noir total, Bilbo dans le tunnel de Gollum.

Un Gömböc en bronze
La découverte dans ce récit d'un objet qui a demandé 12 ans de travail (Le Gömböc) a été une agréable surprise qui ravira les passionnés de puzzle en 3D ou d'objets étranges comme la bouteille de Klein.

Un livre (un peu ovni littéraire tout de même) qui mérite d'être lu.



Note : 10/10

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