samedi 5 octobre 2013

Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre

Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre (Albin Michel, 576 pages, 2013)

Incipit :

Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement. Aussi en octobre, Albert reçut-il avec pas mal de scepticisme les rumeurs annonçant une armistice.

Année 1918. France. Bientôt la fin de la guerre.  Un lieutenant ambitieux et sans scrupules, Henri Pradelle,  fait sonner la charge une dernière fois. Sur la cote 113. Sur le champ de bataille une rencontre fortuite de deux poilus, Albert et Édouard, alors va s'entremêler le destin de ces trois personnes dans une fresque picaresque.

Je n'aime pas trop dévoiler un livre. Encore moins lorsqu'il m'a plu et qu'il réserve plusieurs surprises. Car ce livre est une réussite, une écriture fluide, accrocheuse qui vous emporte. L'auteur nous fait apprécier petit à petit ses personnages, les découvrant au fur et à mesure, les rendant attachants au point de s'en inquiéter jusqu'au bouquet final.

Une histoire parfaitement calibrée s'inspirant de faits historiques réels, ménageant le suspense, les rebondissements, avec un style alerte teinté d'ironie et d'humour bien noir, densifiant l'histoire pour donner une réelle épaisseur, en particulier à la famille d’Édouard.

P. Lemaitre © RICHARD DUMAS
De nombreux thèmes sont évoqués et s'interpénètrent sur plusieurs niveaux et font la richesse de ce livre. Le mensonge par exemple, à la fois ceux liés à la guerre, et ceux qui font parties des secrets de famille, sans parler de l'intrigue même basée sur le mensonge (que je ne dévoilerai pas) et plus globalement qui renvoie à la propagande, aussi bien celle de la guerre que de l'après guerre. Également le masque symbole de l'hypocrisie, des rôles sociaux que nous jouons et qui sont évoqués à plusieurs niveaux dans l'histoire et permettent différentes lectures qu'elles soient symboliques (critique des relations de pouvoir et leurs compromissions afférentes) ou plus concrètes (les masques d’Édouard et en creux ce qu'il cache). Une galerie de portraits de personnages avec leurs contradictions, leurs grandeurs parfois et leurs bassesses.

Un livre qui démarre fort et qui monte en puissance pour finir par dévoiler toute sa profondeur. Une histoire d’amitié singulière avec une critique en filigrane de l'absurdité de la guerre, de son aveuglement. Ce livre fourmille de bonnes idées dont certaines brillantes. Comme l'enfance d’Édouard et de son père, Édouard excentrique se déguisant et provocant son père, qui se retrouve en écho bien plus tard comme pour régler ses comptes (je ne puis détailler sans révéler trop de choses).

Une lecture captivante, un très beau roman. Une réussite.

Note : 10/10

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