samedi 9 novembre 2013

esprit d'hiver de Laura Kasischke


esprit d'hiver de Laura Kasischke (Bourgeois, 276 pages, 2013)

Incipit :

Ce matin-là, elle se réveilla tard et aussitôt elle sut :
Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux.
C'était dans un rêve, pensa Holly, que cette bribe d'information lui avait été suggérée, tel un aperçu d'une vérité qu'elle avait portée en elle pendant - combien de temps au juste ?
Le jour de Noël, Holly se réveille en retard, alors qu'elle attend plein d'invités, amis et beaux-parents. Elle n'a pu ouvrir comme à l'habitude les Noëls précédents les cadeaux avec sa fille Tatiana et son mari, ce dernier devant aller chercher ses parents. Tout ne va pas se passer normalement.

Un décor est planté, l'hiver, la neige, le froid, l'esprit d'hiver, qui fait écho à l'adoption en Sibérie de Tatiana dans un orphelinat miséreux et qui amplifie les effets souhaités par l'auteur (isolation, enfermement, engourdissement, tristesse etc). Restées seules à la maison la tension monte entre Holly et sa fille Tatiana sur fond de remords liés à la complexité d'une adoption : sélectionner un enfant au détriment d'autres, la procédure longue et éprouvante, le délai entre la première rencontre et celle où enfin il est possible d'emmener l'enfant, délai dans lequel les parents adoptifs tentent par la corruption que le futur adopté soit mieux préservé. Rien que cela bouscule nos hypocrisies, la morale, ne serait-ce que parce que les adoptants "préfèrent" un enfant en "bon état". A ce titre l'auteur critique en creux, sur ce point et d'autres, notre société de consommation face à la misère. Également l'amour filial au regard de conditions difficiles (L'adoption mais aussi qu'Holly a entre autres subi une mammectomie).

Laura Kasischke prend son temps, une fusée à trois étages, une première partie (environ 100 pages) qui au travers de tension adolescente/mère fait ressurgir un passé refoulé, une deuxième partie (environ 150 pages) qui accentue des éléments dissonants déjà perceptibles dans la première partie et la troisième avec mise sur orbite à la fin en quelques pages qui laisse coi tant par sa force que par sa brutalité. Le lecteur se doute de certaines choses mais cette façon de procéder est comme une claque qui réveille et transfère le cauchemar ...

Le final change l'angle de perception de l'histoire. Je ne puis en dire plus mais c'est toute la force de ce livre.

Je n'ai pas bien compris dans le magazine Lire le rapprochement entre Mind et Winter (du titre original Mind of Winter) qui ne sont pas homographes ni homophones (sauf à penser que le journaliste qui a écrit cela ne sait pas comment se prononcent en anglais Mind et Winter).Ou alors visuellement (le M après rotation est un W, un peu comme Wisteria Lane dans Desperate Housewives qui peut donner au niveau visuel mais aussi sonore Mysteria et donc Mysteries). Le blizzard d'hiver qui glace l'esprit en somme ...

Un très bon livre, très bien construit, qui sait semer le doute, l'inquiétude, l'angoisse, le dégoût et la surprise. Et quelle surprise !

Note : 9,5/10

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