jeudi 14 novembre 2013

La femme à 1000° d'Hallgrìmur Helgason

Vous avez du feu ?
La femme à 1000° d'Hallgrìmur Helgason (Presses de la cité, 640 pages, 2013)

Incipit :

Je vis ici, seule dans un garage, avec pour unique compagnie un ordinateur portable et une vieille grenade. Un vrai petit nid douillet.
J'ai adoré la couverture ... et le titre, c'est ce qui m'a incité à m'intéresser à ce livre, puis les quelques critiques glanées par ci par là, en évitant d'en lire qui dévoileraient trop l'intrigue. De plus cela a été conseillé par une lectrice du Club de la Marguerite !

Une vieille dame mourante, dans un garage avec comme compagnon un ordinateur et l'accès à des réseaux sociaux, se remémore les moments clés  de sa vie au travers d'un journal.

De courts chapitres, nombreux (155) sur des dates et des périodes phares, en particulier la seconde guerre mondiale, alternant entre le présent (2009) et différents passages du passé de la narratrice, Herbjörg Maria Björnsson. Nom qui n'est pas aussi imprononçable que veut bien le vanter la quatrième de couverture.

Extrait p. 182 (qui résume bien le livre comme si l'auteur voulait expliquer son projet au travers de son personnage) :

Je peux veiller sur mes instants, survolant chaque bout d'existence, les choisissant puis les ordonnant à ma convenance pour former un ensemble : l'image d'une femme, d'une vie, d'un siècle. ../..


La liseuse de Manet (trucage par mes soins)
L'Islande, le Danemark, l'Allemagne dans une période trouble au travers d'un personnage et quel personnage ! D'un cynisme fin,  des propos au vitriol, une chronique rustique parfois fruste sur l'Islande du temps passé jusqu'au constat amer de l'Islande d'aujourd'hui, à genoux devant la finance globalisée et les déviances d'un capitalisme débridé.

L'auteur a l'art de conter, d'un humour noir, teinté d'ironie, avec parfois des phrases de pure poésie. Un personnage haut en couleurs bien campé, indépendant, un esprit libre, facétieux,  qui a subi les affres de la vie mais ne regrette rien, au dessus de la mêlée, qui a bien vécu et qui est prête à finir sa vie, sans fatalisme ou tristesse au point de s'y préparer, alors qu'elle est rongée par le cancer.

Une fresque humaine, avec des passages durs sur le fascisme ou l'horreur de la guerre, et des morceaux de vie au sein d'une famille particulière, sur fond de nazisme, d'un pays singulier que l'auteur aime bien (dans le sens qui aime bien châtie bien ...).

Extrait :

Rien n'est plus comique que la vengeance d'un lâche, rien n'est plus tragique.

Hallgrimur Helgason
Hallgrìmur Helgason
Un livre qui sait faire voyager, sur un peu dont on parle peu, même si le propos n'est pas toujours très drôle. Pas de sensiblerie, brut de fonderie, une écriture vivace qui vous emporte. Un ouvrage fort avec des passages puissants.

Extrait (sur l'amour) :

Personne ne devrait laisser son cœur bouillir tout entier. Il est plus sage de le couper en quarts, d'en faire griller un ou deux morceaux à la poêle et de mettre le reste au congélateur.

Peut être quelques longueurs tout de même à partir de la page 400  mais au final un bon livre que je ne regrette pas d'avoir lu.Un regard acéré sur la crise financière, le fascisme et la bêtise en tout genre et des remarques pertinentes assez amusantes.

Extrait p. 527

- Un pays c'est bien, mais pas plus de deux semaines.
- Pourquoi pas ?
- Oh, car après, tout devient compliqué. On se fait des relations et on reçoit des coups de fil.


Un livre épique ! A lire. Présentation par l'auteur sur youtube.

Note : 8,5/10

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