samedi 18 janvier 2014

121 Curriculum Vitae pour un tombeau de Pierre Lamalattie

Nous sentons que, quand toutes les
questions scientifiques possibles ont
eu leur réponse, les problèmes de la
vie restent complètement intacts.
Tractatus 6.52
121 Curriculum Vitæ pour un tombeau de Pierre Lamalattie (L'Editeur, 447 pages, 2011)

Incipit :

J'ai 54 ans. J'ai connu moins de femmes qu'un animateur du Club Med. J'ai gagné moins d'argent que mon voisin orthodontiste. Je suis moins sportif que ma belle sœur. J'habite toujours à 500 mètres de chez ma mère.

La partie roman de Portraits du même auteur. Je ne sais dans quelle mesure c'est autobiographique mais nous suivons Pierre, qui n'aime pas obligatoirement les humains mais s'y intéresse au point de les observer constamment, de les décrire dans leurs travers, leur bêtise, leur superficialité mais sans méchanceté car à la lecture de ces portraits j'ai ressenti le malaise de la société en général ou l'idée qu'on peut s'en faire.

Les relations interpersonnelles sont faites de malentendus.
 Ce livre précède Précipitation en milieu acide, que j'ai déjà lu et qui est dans le même ton.

Finalement je me suis dégonflé. Je suis un mec timide, en tout cas trop timide pour commencer une carrière d'artiste interventionniste.

Le narrateur a un poste lié aux ressources humaines, rencontre des gens, lit leur CV. Il lui vient à l'idée de faire leur portrait en peinture et d'illustrer chaque peinture d'une phrase, comme un haïku qui synthétiserait d'une phrase leur CV, leur vie. L'auteur m'apprend que le tombeau en question n'est pas notre dernière demeure mais un genre musical en hommage à une personne. Mais comme un passage, après la fin de quelque chose, à l'instar d'un enterrement de vie de garçon ou de jeune fille, donc tout de même lié à la mort, à quelque chose de terminé. Son projet artistique fait penser à une élégie ou une épitaphe, d'ailleurs ses peintures pourraient sans déparer illustrer une pierre tombale. Ces choix de sujet et phrases associées étant liés au monde du travail (CV) j'ai l'impression que nos vies se résument à ce monde par la force des choses, par l'emprise de l'économie et de ses crises régulières dont il n'est pas possible de s'astreindre.
Pierre L. (c) Fabien Breuil

C'est comme ça que j'ai décidé d'installer des toilettes sèches pour toute la famille. Au début on trouvait que ça sentait l'ammoniac, mais pas plus qu'un bon saint-nectaire.

Pierre, le narrateur, est en contrepoint, de par ses rêves, ses aspirations, son attitude même, sa culture, ses goûts et sa démarche artistique serait l'acmé de ces deux mondes indissociables et pourtant peu miscibles (travail/art). Ce livre m'a fait réfléchir sur le sens de la vie et de l'art en particulier. J'ai bien aimé les remarques de Pierre sur l'ART CONtemporain par exemple.

Pourtant, subsiste presque toujours la liberté de partir. Mais, cette liberté magnifique, je pense rarement à l'utiliser.

Un roman très actuel, dans une ambiance maussade, angoissée, névrosée mais qui laisse entrevoir quelques espoirs. L'auteur a le sens de la chute et un humour pince sans rire assez salutaire. Cela se marie bien avec le livre que je lis sur Ludwig Wittgenstein où la famille de ce dernier estimait qu'être peintre c'était rater sa vie.

../..Tu n'aimes plus lire ?
-- Si, si ! Mais, en ce moment, je dois finir le dernier Francis Lefebvre ...

Celle-là elle m'a bien fait rire !!! Ah j'ai appris aussi que la cathédrale d'Orléans était néo gothique et que ce style n'existait pas. J'aime bien ce genre de détail.

Avis personnel : 9/10

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