dimanche 12 janvier 2014

Le Chrysanthème de Robert Pinget

La Grande Question sur la vie,
l'univers et le reste.
Le Chrysanthème de Robert Pinget (ZOE mini, 37 pages, 2013)

Incipit :

Il m'a fallu enjamber un mur ou un soubassement, soyons précis, un ouvrage de brique ou de béton, souvenir de contact rugueux et froid, ce pouvait être de la pierre, pour ensuite enjamber d'autres ouvrages, contact plus ou moins froid, fouler du gravier me semblait-il, de l'herbe par intermittences, et buter dans du feuillage tout aussi approximatif ...

Un très court ouvrage (17 pages à peu près) dans un format poche que j'ai lu sur les conseils avisés de Jean-Louis Ezine qui l'a proposé lors d'une émission récente du Masque et la Plume et  que je remercie au passage tant se présence, sa phraséologie, le timbre de sa voix, son sens de la dérision et son humour caustique égaye ma journée. J'ai même récupéré le podcast de cette émission pour la réécouter !

Les écrivains s'interrogent parfois sur l'écrit, le métier d'écrivain ou l'acte d'écrire y compris dans des romans comme dernièrement La grand-mère de Jade, Lettres à un jeune poète de Rilke qui a peur en perdant ses démons de perdre les anges qui l'accompagnent, Paul Auster grand joueur du pouvoir de l’imaginaire lié à l'écrit, ou même Ian McEwan (dans Sweet Tooth). C'est un peu le sujet de ce court ouvrage, malheureusement défloré par une préface un peu trop explicative que j'aurais du lire après.

Un livre à l'ambiance étrange, chargée de symboles évocateurs assez forts, qui m'a remémoré la caverne de Platon ou Le septième sceau d'Ingmar Bergman avec un goût pour les situations abstraites ou poétiques que le style assez affirmé provoque chez le lecteur. Un conte philosophique sur les nourritures de l'âme dont l’écrivain se repaît et qui lui permet de créer, un Nosferatu artiste et maudit qui côtoie le royaume des morts afin de créer la vie mettant à profit le principe de Lavoisier, rien ne se perd rien ne se crée tout se transforme.

A l'instar du petit Prince, un livre qui mérite d'être lu, et relu plusieurs fois, l'expérience évoluant au fil des lectures, le ressenti vécu au travers du palimpseste mémoriel s'enrichissant à chaque itération.

Cela a été pour moi la possibilité de connaître Robert Pinget (la note biographique en postface). Paru en roman sans les didascalies, cet ouvrage ferait une bonne pièce de théâtre. Merci à Jean-Louis Ezine de me l'avoir fait connaître.

Note : 10/10

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