dimanche 16 février 2014

Confiteor de Jaume Cabré

L'art est mon salut, mais il ne peut
être le salut de l'humanité
Confiteor de Jaume Cabré (Actes Sud, 772 pages, 2013)

Incipit :

Ce n'est qu'hier soir, alors que je marchais dans les rues trempées de Vallarca, que j'ai compris que naître dans cette famille  avait été une erreur impardonnable.

J'y suis arrivé ! Un livre fleuve, assez complexe mais pas pour autant trop compliqué, où l'Histoire, en particulier la Shoah et la spoliation des juifs, est revisitée au travers de multiples personnages sur plusieurs époques.

L'auteur narre principalement l'histoire d'Adrià et de sa destinée, d'une famille peu aimante à sa carrière de chercheur en passant par un amour contrarié, et d'un violon exceptionnel dont on découvrira l'influence au fil de l'histoire. C'est l'occasion de s'intéresser aux Racines du Mal, de la question de la culture et de l'art contre l'infamie.

Une belle couverture  qui donne le ton, le savoir (la bibliothèque), l'interdit, les secrets (sur la pointe des pieds pour atteindre ce qui est caché), grandir (pointe des pieds essayant d'atteindre l'inaccessible), se libérer des parents (enfant bien habillé par papa maman qui brave l'interdit). Il y a tout cela et bien plus dans cet ouvrage dense, maitrisé, qui offre une profondeur étourdissante.

J'avais tenté de le lire une première fois (abandon à 200 pages) et je ne devais pas me sentir prêt ou alors avec l'humeur adéquate. Recommencer a été une expérience différente, plus aisée. Je m'y étais préparé d'une certaine manière. Ce qui peut troubler ce sont les transitions, les fondus entre des scènes de différentes époques ou changeant de point de vue, d'interlocuteur. Mais il n'y a pas de piège, rapidement on sait où on en est (soit par l'indication du lieu, d'un des locuteurs ou d'une époque). C'est très bien fait voire virtuose et cela ne nuit en rien à la lecture pour peu qu'on se concentre suffisamment. La multiplicité des personnages n'aide pas non plus et j'en ai tenu une liste, même si, je m'en suis aperçu une fois le livre terminé, à la fin de l'ouvrage la galerie de personnages et les époques traversées sont résumées. Je n'en conseille pas la consultation car cela peut dévoiler des relations (mariage par exemple) qui ne sont pas encore arrivées dans l'histoire.

Un livre très bien construit, pas puzzle mais qui se permet de "jouer" avec les objets, leur histoire, leur interactions avec les humains, ou disséminant des indices ou des numéros qui reviennent au cours du roman dans différentes situations (comme le numéro de la combinaison du coffre, le matricule d'une détenue ou encore le nom Meirera utilisé dans deux situations différentes).

Une fresque époustouflante qui récompense de l'effort. L'auteur démontre et le dit dans l'ouvrage que seul l'art dont la littérature peut transmettre le mieux les atrocités, leur vécu. Et il est vrai que les passages sur les rafles ou les fours crématoires sont d'un tragique abyssal. L'histoire brasse l'amour, l'amitié, la famille mais aussi la noirceur de l'âme humaine et interroge sur le Mal.

Note intellectuelle : 10/10

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