samedi 22 février 2014

Le harpon de François Ponthier

Celui qui lutte contre les monstres
doit veiller à ne pas le devenir
lui-même et quand ton regard
pénètre longtemps au fond d'un
abîme, l'abîme lui aussi pénètre en toi.
F. Nietzsche
Le harpon de François Ponthier  (Presses Pocket, 317 pages, 1968)


Incipit :

Le taxi déposa Henri Chatel à l'extrémité du bassin.
-- Vous ne pouvez pas vous tromper, lui avait dit Bernard Hamelin, le Walrus, c'est le plus gros tas de ferraille du cimetière à bateaux.

Un journaliste, Chatel, espérant réaliser un bon papier, rencontre un contumax, Hamelin, sur un baleinier crasseux, le Walrus, en attente d'un destin incertain. Au cours des confidences, Hamelin raconte son passé lié aux évènements d'Algérie dans les années 60 et le rôle tout symbolique et concret d'un harpon ébréché.

Un extrait qui rappellera la citation de Saint Exupéry, L'homme se découvre devant l'obstacle :

-- Moi je suis payé pour savoir que dans la vie il n'y a ni lâches ni héros a priori. C'est presque toujours affaire de circonstance.

Un style personnel où ressort une énergie et une intensité palpable. Un roman qui parle, à l'époque, d'évènements difficiles et douloureux récents (la guerre d'Algérie), qui apporte des éléments de réflexion sans pour autant juger. Une histoire d'aventures dans le milieu particulier des baleiniers et une description très juste à la fois des ressorts de la vie, de son sens, et des relations humaines, aussi bien sur l'amitié, l'amour que de leurs aléas.

En somme, par des voies détournées, la tuerie de l'océan aboutissait à faire bander quelques bourgeois ramollis ...

Un excellent roman qui rappellera bien sûr Moby Dick de Melville, Jules Verne et son héros Nemo au caractère bien trempé, le Walrus rappelant par certains aspects le Nautilus même si ces histoires en sont assez différentes, Le Harpon ayant sa spécificité propre.

Je me demande ce que peut bien éprouver le milliardaire américain qui descend un éléphant avec l'aide de toute l'organisation du safari.

Une histoire intense qui vous emporte ... Merci à Daniel, du club de lecture, de me l'avoir fait connaitre. Je l'ai commandé en occasion, il ne semble n'avoir jamais été lu ... depuis 1968. Mais voilà la colle avait bien séché, était devenu cassante, et là le livre mérite des soins intensifs ... surtout si je compte le proposer à la prochaine réunion.

Note de cœur : 10/10

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