dimanche 2 février 2014

Puzzle de Franck Thilliez

Jack Torrance, is that you ?
Puzzle de Franck Thilliez (Fleuve Noir, 430 pages, 2013)

Incipit :

Toute l'équipe médicale qui suivait Lucas Chardon s'était réunie autour de son lit. Dès son réveil, on avait retiré les différentes électrodes de l'électro-encéphalogramme fichées dans son cuir chevelu.


N'y allons pas par quatre chemins, encore une réussite !!!

Je suis en train de lire Karnaval, mais Catherine a eu la gentillesse de me mettre de côté Puzzle dont je n'avais pas caché l'envie de le lire aussi bien su ce blog que lors des réunions du Club de Lecture La Marguerite. J'ai résisté vendredi soir, moment où j'ai pu l'emprunter à la Médiathèque. Et puis, samedi matin, la tentation, encore elle, de le commencer et là ben, je l'ai quasiment plus lâché. Et je l'ai fini ce matin.

Ce que j'aime chez Franck Thilliez ce sont les références à plusieurs domaines comme la mémoire qui a été un thème central dans La mémoire fantôme et qu'il annonce dans l'extrait de Proust en début d'ouvrage. La mort, toujours présente, normal pour des thrillers me direz-vous, en y ajoutant les NDE (Near Death Experiment). La psychologie sociale comme l'expérience de Milgram ici explicitement nommée mais aussi l'expérience de Stanford également appelée l'effet Lucifer (elle porte bien son nom n'est-ce pas ?). A nouveau Dante, c'est fou ce que ce livre s'est immiscé dans notre culture, le nombre de fois où il y est fait référence est assez étonnant. L'enfermement, l'isolement, le froid qu'on trouvait dans Vertige, les expériences interdites par des forces obscures ou gouvernementales (comme dans AtomKa) et les références à la pop culture, on pensera à The Game de David Fincher, à Shutter Island ou encore Inception pour la frontière entre le réel et la fiction, la manipulation, et bien sûr à plein d'autres,comme le livre Simulacron 3 qui a donné le film allemand Le monde sur le Fil puis une adaptation plus récente (Passé Virtuel).

Même si des références aux jeux vidéos (donc aux mondes virtuels), aux jeux de rôle, sources de nombreux clichés médiatiques, le livre est lui aussi  objet de manipulation et modifie nos perceptions, nos imaginaires. Paul Auster en joue, comme le dernier Ian McEwan ou encore Esprit d'hiver. Qui raconte ? pourquoi ? ce qui est raconté est-il réel ? fictionnel ? le narrateur ment-il ? L'écrivain nous manipule-t-il ? L'histoire racontée est-elle celle du narrateur racontant l'histoire d'un autre personnage lui même écrivain racontant l'histoire d'un personnage réel qui ne se souvient pas qu'il est écrivain et n'a pas écrit le livre dans lequel l'auteur est vraiment le narrateur ? Et pourquoi pas l'inverse ? hein, qu'est-ce que je dis ? heu ...

Franck Thilliez joue sur tous ces tableaux à nous rendre chèvre et il le fait avec brio dans une histoire haletante, oppressante, flippante à souhait. Un décor lugubre excellemment bien exploité (l'esprit comme labyrinthe, par exemple), un jeu pervers, et la perte de nos repères ne sachant plus quoi penser. Un vrai casse-tête et ce n'est pas une surprise au regard du titre. Le tout résonne dans notre époque où les théories du complot fleurissent, où les légendes urbaines sont légion, où le monde se transforme en un fantastique panopticon (voir J. Bentham), que l'auteur prend à la fois au premier degré (les caméras de vidéo surveillance du complexe) et plus globalement (Londres est la ville où il y a le plus de caméras, le monde est un théâtre ...)

Un livre prenant rondement mené ! Merci Catherine de me l'avoir réservé. Et merci à Franck Thilliez pour ce moment de pur suspense !

Note psychiatrique : 10/10


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