dimanche 16 mars 2014

En finir avec Eddy Bellegueule d'Edouard Louis

En finir avec Eddy Bellegueule d’Édouard Louis (Seuil, 219 pages, 2014)

Incipit :
De mon enfance je n'ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n'ai éprouvé de sentiments de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire : tout ce qui n'entre pas dans son système, elle le fait disparaître.

Le récit de souffrance d'Eddy, homosexuel refoulé, subissant l’opprobre de ses parents de n'être pas un garçon assez viril et le bizutage de ses camarades du collège. En Picardie dans une famille d'ouvrier où la pauvreté, la violence et l'alcoolisme font bon ménage.

La misère sociale, l'esprit de clocher et de village, la vulgarité, le mâle dominant et violent, la virilité exacerbée, la bêtise et l'ignorance, l'intolérance, la xénophobie, le racisme, bienvenue chez les ploucs. Un récit sans concession où il ne fait pas bon d'être différent encore moins homosexuel. Le foot et la TV sont les deux mamelles culturelles de la France profonde. Pas de chance Eddy est aussi asthmatique. On a échappé de peu à ce qu'il soit borgne et unijambiste. En tout cas un bon candidat pour Mireille Dumas.

Style plat, écriture simple, pauvre littérairement, très descriptif, bourré de poncifs éculés de tous les clichés de comptoir, certainement honnête et sincère mais avec des situations grotesques comme l'accouchement dans la cuvette des WC ou la tante qui s'arrache les dents une fois cuitée. Cela donne la désagréable impression que tous les articles rayon "chien écrasé" de la PQR défilent qui restituent, il est vrai, à merveille un milieu et sa vision fantasmée. Psychologie des personnages réduite, sujet à thèse et à charge, sans plus-value ou un seul regard original, comme une checklist que l'on chercherait à compléter. D'autres récits ont mieux traité un tel sujet et l'homophobie mérite mieux. Ma lecture récente de Sauf les fleurs narre l'histoire difficile de Marthe mais c'est autrement plus singulier et innovant.

Puisque Bourdieu était l'indice pour le Prix Emmanuel Roblès 2014, La Misère du Monde de celui-ci était autrement plus intéressant. Quelle n'a pas été ma surprise ce soir d'apprendre que Le Masque et la Plume avait aimé unanimement En finir avec Eddy Bellegueule et que cet ouvrage était un succès (1). Il est vrai que d'apprendre que c'est autobiographique peut changer mon regard et à tout le moins me faire éprouver une grande compassion pour celui qui a subi tout cela et qu'il est estimable d'en faire part. Mais en tant que roman je ne changerais pas d'avis : bof ! bof !

Note : 4/10

(1) J'en conclus que ma carrière future de critique littéraire est sérieusement compromise ...

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