mardi 18 mars 2014

La Fabrique du Monde de Sophie Van Der Linden

Paiement en âmes humaines
La Fabrique du Monde de Sophie Van Der Linden (Buchet-Chastel, 156 pages, 2013)


Incipit :
Sortir, en une propulsion due au seul souffle de la liberté. Puis courir, la vie en dépend, toute et à jamais. Droit devant, vers la nature, l'inconnu, à toute force.

Une jeune chinoise, Mei, travaille jusqu'à l'épuisement dans un camp de travail textile, sous-payée pour un travail abrutissant, dans l'anti-chambre du mercantilisme le plus débridé, au profit des pays riches. Une machine qui broie les désirs pour ceux des autres. La confection du bout du monde, esclavagisme moderne, pour nourrir ce monde sans fin.

La docilité, seule qualité importante pour ses parents, brise un destin possible de femme éduquée et libre, dans cette scène terrible où une institutrice tente d'infléchir un chemin tout tracé.

Dans ce petit monde de la soumission, du contrôle permanent, réduite à sa mécanique la plus sobre, Mei rêvasse, seul domaine non encore colonisé, non encore aliéné par ses slogans totalitaires et vains, et fait une rencontre improbable tant les forces contraires sont vives.

Un court texte où l'on s'immerge rapidement pour partager cet élan irrépressible de liberté, d'épanouissement. Une fable tragique fruit de notre idéologie de consommation et de globalisation qui se nourrit des êtres les plus faibles.

Cela m'a rappelé 1984 par l'isolement, l'asservissement, le contrôle et bien sûr la destruction lente de tout espoir. Fait partie de la sélection du Prix Roblès 2014.

Note triste : 8/10

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