samedi 8 mars 2014

The complete Maus d'Art Spiegelman

But here God didn't come
we were all on our own
The Complete Maus d'Art Spiegelman (Penguin Books, 296 pages, 2003)

Art Spiegelman retranscrit avec le media qu'il maitrise, le comics, l'histoire tragique de la Shoah vécue par son père.

C'est en lisant Les Ignorants que je me suis aperçu que je n'avais toujours pas lu Maus. J'ai étudié la seconde guerre mondiale au lycée comme tout un chacun, j'avais un professeur d'histoire passionné et passionnant, et le génocide des juifs faisait partie du cursus scolaire. Ce professeur nous prêtait des documents et des livres dont certains étaient très durs, comme Médecin à Auschwitz de Miklos Nyiszli en nous avertissant au préalable. Il avait raison.

J'avais tenté de lire Mein Kampf, la version non expurgée (canadienne), donc celle qui inclut les remarques sur la France et les français et non la version de propagande diffusée dans mon pays.

Abraham I didn't see again I think he came out the chimney

Il est difficile de comprendre une telle atrocité que furent le génocide, les camps de concentration, les chambres à gaz. Le documentaire de Claude Lanzmann éclaire à sa manière et Maus également d'une manière différente.

Every word is like an unnecessary stain on silence and nothingness. S. Beckett

Par distanciation peut-être, comme dans La bête est morte de Calvo ou encore Animal Farm d'Orwell, les personnages sont personnifiés par des animaux. Ici, les juifs sont des souris (d'où Maus en allemand), les polonais sont en cochon et les allemands en chat. Cela ne dénature en rien le drame absolu que peuvent avoir été ces évènements mais permet au contraire d'aller jusqu'au bout d'un ouvrage qu'il m'a été impossible de lire en continu.


Je ne comprends pas cette intolérance totale envers un peuple, envers les homosexuels, la couleur de peau, les tziganes, cette noirceur profonde de l'âme humaine qui mène à ces destructions. Et comment peut perdurer l'antisémitisme et ces idéologies de l'intolérance surtout lorsqu'elles émanent de soit disant croyants, qui sont pour l'occasion affublés du vocable intégristes.

L'auteur a fait un travail remarquable, n'édulcorant pas ses relations difficiles avec son père, le racisme latent de ce dernier ou les instincts de survie qui sont par essence égoïstes et qui enlèvent petit à petit toute humanité, un prix parfois trop lourd à payer pour le survivant. Dans cette noirceur des moments de générosité, si rares mais si essentiels.

Peut être que Maus m'a fait comprendre l'aphorisme lu dans Le Duel "Il est plus facile de croire en Dieu quand on sait qu'il n'existe pas" car croyant, après une telle tragédie, comment ne pas se dire que Dieu n'existe pas ?

Le plus important est que cet ouvrage participe au travail de mémoire. Même si l'être humain apprend peu de l’expérience des autres, ne pas transmettre cet héritage serait plus dommageable encore. Même si c'est au delà de l'imaginable, même si l’indicible par définition est indescriptible, l'empathie, cette faculté si utile, permet  de se représenter, modestement, ce moment singulier de notre Histoire.

The complete Maus recueille les différentes parties en un seul volume. A lire également, MetaMaus, incluant un DVD et des enregistrements du père d'Art Spiegelman qui approfondit l’œuvre et la réflexion.

Livre incontournable et essentiel.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire