mardi 22 avril 2014

La fin du monde a du retard de J. M. Erre

Un livre explosif
La fin du monde a du retard de J. M. Erre (Buchet Chastel, 416 pages, 2014)

Incipit :
 En l'an 5115 du calendrier hindou, à quelques deux millions de centimètres du nord de Paris, protégé des extraterrestres, des betteraves et des Picards par des murs épais, un établissement de standing offrait à l'être en perte de repères de regarder le monde sous un angle neuf.

Deux pensionnaires d'un hôpital psychiatrique, Julius et Alice, s'évadent  sur les conseils du premier. Un complot ourdit par un certain Tirésias va mener à la fin du monde dans quelques jours. Dans un course poursuite effrénée nos deux héros vont-ils réussir leur quête et déjouer l'ignoble complot  ?

Un livre complètement déjanté, fou, absurde, loufoque, certainement la source première d'une baisse radicale et d'un sous-développement durable des revenus (qui ne sont pas prêt de revenir) de la communauté des psychothérapeutes. Gageons que ces derniers vont participer au complot visant à la destruction de ce livre à moins de se recycler en nutritionniste, un choix avisé pour contribuer aux soins intensifs  des lecteurs de cet ouvrage, aux zygomatiques durement sollicités induisant une hypoglycémie et donc un régime adapté.

Car l'auteur n'arrête pas, une histoire jubilatoire qui s'amuse avec talent des codes du thriller et des mythes fondateurs de tant de nos histoires et qui irriguent notre culture de tous les jours (voir Mythologies de Barthes ou Le héros aux mille et un visages de Campbell). Un sens inné du jeu de mot, de la dérision, de la juxtaposition ludique de concepts assez étrangers entre eux et l'avènement de situations désopilantes. La version  ado rebelle du Pendule de Foucault d'Eco, livre au demeurant excellent, qui m'avait poussé à acheter une encyclopédie de démonologie (sacré Umberto !)

Ce livre sur la fin du monde qui a du retard, cher lecteur, ne sent pas la naphtaline, et pourtant que de mythes au logis ! Une compilation de gags comme à l'époque du muet burlesque avec force références et clins d’œil à la pop-culture et une déconstruction de la mécanique des théories du complot.Avec l'idée assez intéressante que diffuser des théories du complot permet d'annihiler tout esprit critique et surtout toute velléité à l'encontre d'un vrai (bien joué) !

-- ../.. je sais comment m'y prendre pour atteindre Tirésias.
-- Vous voulez lâcher des enfants sur lui ?
-- Non, je n'en suis pas là. Me venger, oui, mais en restant humain.

Loufoque, délirant, traite les théories du complot avec une ironie salutaire, un humour décapant (normal, par l'usage du poncif ammoniacal), des périphrases délires,  qui, à l'instar des super tankers pétroliers, partent dans tous les sens (sans plomb 95), au moteur 16 sous-papes et 10 cardinaux, plus hilarante qu'une ablation de la rate (qui s'est dilatée), plus drôle qu'une déclaration d'impôt en ligne, plus vivant qu'un cadavre encombrant (que ma tante a occis, gêne), et certainement d'une plus grande valeur que cette chronique souffreteuse tentant désespérément d'en imiter le style (raté : le livre est bien mieux !). Oui, de fait je ne suis pas J. M. Erre (pour ceux qui en aurait douté, les poires vont vivre) et ce livre m'a beaucoup amusé et finalement est plus profond qu'il n'y parait tant il critique sur le fond (normal pour une mise en abyme) le délire des théories du complot et s'amuse des tics, clichés, liés au genre thriller, et le tout avec érudition ! Un moment de détente complet et les muscles du rire en surchauffe.

L'auteur, que je découvre, m'a tellement plu que j'ai commandé celui avec Sherlock Holmes (Le mystère Sherlock). Soit une pierre deux coups car je suis aussi grand fan de Sherlock !! Dépêchez-vous de consulter le blog La fin du monde a du retard avant que Tirésias ne l'efface !

Note lubrique à brac : 10/10

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