mardi 15 avril 2014

Le cœur des louves de Stéphane Servant

hé manu tu descends ?
Le cœur des louves de Stéphane Servant (Rouergue, 542 pages, 2013)

Incipit :
C'était le soir de la Saint-Jean. Partout dans la vallée de petits feux piquaient la nuit de jaune. Je suis entrée dans le village au son d'une vieille romance.

Au salon du livre de Beaugency j'ai croisé Lysa de la librairie Chantelivre qui a toujours de bon conseils de lecture. Sur l'étal c'était principalement de la littérature jeunesse et ado mais cela ne l'a pas arrêtée le moins du monde. Une de ses meilleures amies dont l'avis a toute sa confiance lui a recommandé ce livre, Le cœur des louves. Par voie de transition elle me l'a donc recommandé. Et effectivement l'histoire sort du lot, un livre puissant, d'une violence sourde.

Il n'y a rien à comprendre. Le calme et la beauté sont les seuls mystères.

Célia, une jeune fille, retourne au village de son enfance. Sa mère doit l'y rejoindre. Elles ne sont pas les bienvenues. Déjà du temps de leur grand-mère, Tina, elles étaient les étrangères. Un lourd passé resurgit et cette fois Célia ne se laissera pas faire (non mais).

Un livre aux airs de roman initiatique mais qui prend petit à petit son envol et dévoile des ressorts insoupçonnés. Le passé se mêle au présent, sur plusieurs plans, la guerre en toile de fond et sa chasse aux collabos,  des traces, comme celle d'une photo noir & blanc, qui dévoile petit à petit des secrets enfouis. Un livre qui ratisse large, des thèmes adolescents certes, mais aussi presque un hymne féministe tant la violence contre les femmes est prégnante. L'homme prédateur, d'autant plus bestial et violent qu'il est proche de la nature avec ses croyances et ses lots de superstition, de cet esprit de village poisseux de haine, de rancœur, d'intolérance, de xénophobie, de secrets et de souvenirs tels les brimades à l'école où rien ne s'oublie. L'ambiance de ce point de vue m'a rappelé Les haines pures d'Emma Locatelli.


La haine et la bêtise ont partout le même visage. Il n'y a que le maquillage qui change.

Un roman riche, bourré d'énergie, plein de rebondissements, violent, dur, sans être malsain, envoûtant, bien écrit, qui sait aborder des sujets sensibles de façon mûre et assumée. Bruno Bettelheim et sa psychanalyse des contes de fées aurait apprécié mais là c'est plus explicite, plus adulte même si une symbolique est bien présente, l'auteur revisitant le mythe du loup-garou notamment.

Primal, viscéral, instinctif, poétique, on sombre petit à petit dans la tragédie grecque où le mensonge, la trahison, les secrets de famille, l'amour maudit, l'inceste ou encore la folie irriguent l'histoire profondément et créent une densité édifiante.

C'est drôle la façon dont parfois la vie ressemble à un conte. Le Moulin comme un château triste et froid. Armand en roi tyrannique et hautain. Jeanne la reine des glaces. Thomas le prince lunatique. Moi la sorcière dans sa masure. Et toi la petite fille pauvre au cœur blessé.

Un très bon livre pour ado, pas pour les âmes sensibles et qui pourra également plaire aux adultes. Une histoire excellente qui m'a particulièrement plu. Je pensais que l'auteur était une femme, en fait non c'est bien un homme.

Note reptilienne : 10/10

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