dimanche 1 juin 2014

La lamentation du prépuce de Shalom Auslander

Parce que je le vaux bien
La lamentation du prépuce de Shalom Auslander (10/18, 306 pages, 2008)

Incipit :
QUAND J’ÉTAIS PETIT, mes parents et mes maîtres me parlaient d'un homme qui était très fort. Ils disaient qu'il était capable de détruire le monde entier. Ils disaient qu'il  pouvait soulever les montagnes.
Dans ce qui ressemble à une autobiographie, l'auteur raconte sa jeunesse, l'éducation ultra orthodoxe qu'il a vécue, son adolescence culpabilisante et schizophrénique pour parler, devenu adulte, d'un moment essentiel de sa vie : doit-il, ou pas, faire circoncire son fils. Le plus gros problème de l'auteur : croire en Dieu.

Avec une auto-dérision assez drôle, une insolence étonnante, nous suivons l'initiation de l'auteur aux rites juifs et comment il s'en sort. Assez iconoclaste, Shalom décrit ce carcan de règles, et montre par l'absurde qu'il n'est pas facile d'avoir la foi lorsque cette dernière est remplie de superstitions ou de règles tellement difficiles à mettre en œuvre que leur logique heurte toute personne faisant usage de son intelligence ou soumet tout croyant car faute il y aura et donc aliénation programmée.

Mais il ne s'agit pas de dénoncer la foi, Shalom ayant le malheur, si je puis dire, de croire en Dieu. Il maitrise d'ailleurs le sujet, et la culture, la liturgie juive est assez bien exposée même si c'est pour en critiquer certains aspects. Le livre ne manque d'ailleurs pas de  profondeur, des réflexions assez justes et un questionnement constant en font la principale richesse, l'insolence étant amusante mais pas vraiment gratuite.
Je crois en Dieu. C'est un gros problème chez moi.
Politiquement incorrect, mais assez moderne car confronte une religion ancienne à la modernité pas toujours dans ce qu'elle a de meilleur (consommation, pornographie, drogues, société du divertissement, la perfection du corps etc.) et pousse souvent les croyants à l'hypocrisie, la dissimulation, l'autocensure, le contournement voire la culpabilité et la névrose. Maltraitance théologique comme il est écrit, c'est tout le paradoxe de la religion censée épanouir spirituellement mais suivant les aspirations ou les tendances (comme le fondamentalisme) mène la vie dure aux croyants. Comment concilier à notre époque la finale d'un match de Hockey avec le jour du Shabbat ? Le propos va plus loin,  finalement tout le monde d'une certaine manière possède un Dieu, parfois c'est tout simplement l'argent ... et d'une certaine manière tout le monde a ses œillères et cherche à vivre pleinement.
Les israéliens vendaient de l'herbe m'avait-on expliqué et les arabes du haschish : quel espoir pouvait-on garder pour le Moyen-Orient, me suis-je demandé, s'ils n'étaient même pas fichus d'être d'accord sur la façon de planer ?
Des questions difficiles et pertinentes comme 'pourquoi Dieu, si puissant, omniscient ... peut-il laisser faire des choses comme l'Holocauste ?'. Une question qui a été posée aux représentants des trois monothéismes dans un documentaire, la réponse est la même : ils ne savent pas.

Un livre fort instructif sur une culture et une religion que je ne connais guère, qui questionne fort justement, avec un humour caustique de bon aloi.

Note mazel tov: 10/10

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