mercredi 11 juin 2014

Mailman de J. Robert Lennon

Mince j'ai oublié d'éteindre le gaz !
Mailman de J. Robert Lennon (MONSIEUR TOUSSAINT LOUVERTURE EDITIONS, 669 pages, 2014)

Incipit:
Et Dieu, à ce qu'on raconte, créa la Terre. Au commencement, pas vraiment de quoi crier au génie : une nébuleuse de vapeur grise, avec quelques vagues traînées de boue sur une surface informe. Une toile vierge. Dieu l'examine, décida que cela ferait l'affaire et se lança dans les détails.

Débute par la genèse, poursuit par l'exode et se termine par ... vous verrez. Toi qui entre ici abandonne toute espérance ... Une très belle édition cartonnée que je recommande chaudement au format arbre mort plutôt qu'en numérique. L'éditeur précise la conception de l'ouvrage à l'antépénultième page avec des précisions typographiques, le tout teinté d'humour. Bien vu, merci à l'éditeur.

Ah oui le livre. Un facteur, qui lit votre courrier avec efficacité et méthode, ce qui ne le rend pas particulièrement heureux, normal pour un maniaco-dépressif, voyeur de la misère existentielle des uns et des autres. Un être sensible, un peu parano, normatif, qui fantasme une vie meilleure, avec un père distant et une mère castratrice, névrosé comme le personnage de Woody Allen, passant sa vie à la rater. La rater, vraiment ?

Une lutte de la vie contre la fatalité, l'inéluctable ? La pauvreté de la communication, le poids du puritanisme, la vie dans le déni et l'illusion. Heureusement que l'auteur sème de l'humour (assez noir) sinon passez Agnus Dei de Barber, prenez une corde et pendez-vous. Éloge de la fuite dans ce road movie qui montre une Amérique décadente et sans repère, et l'aliénation qui en découle. Plus profond que cela car réserve quelques surprises. Pour un voyeur tenter de manger les yeux d'un pauvre type dénote un humour assez caustique, la partition (p. 392) de l'hymne du lycée (merci à mon épouse de me l'avoir jouée au piano), de la poésie ... Une psychologie fouillée, des situations loufoques, un livre qui vous emporte complètement. L'auteur explore nos contradictions internes, la difficulté de s'insérer dans une société complexe et bourrée de codes pas toujours logiques, la difficulté de comprendre l'autre et d'être compris. Pour les plus heureux ils vivent dans l'illusion la plus totale de tout maîtriser. Mailman, notre anti héros, se rend compte de l'aporie, en souffre, comme un cancer (vous verrez le symbole) mais ne s’aperçoit de la supercherie que bien trop tard.

Pas vraiment d'intrigue mais l'auteur a un sens de la narration avéré, on ne s’ennuie pas une seconde.

Un livre culte, à l'instar du Traité du zen et de l'entretien des motocyclettes de Robert Pirsig.

Une fin éblouissante et sublime qui laisse une impression de plénitude indicible le livre à peine refermé. Merci à Catherine de me l'avoir conseillé.

Note culte : 100/100

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