dimanche 13 juillet 2014

Anticyclone d'Étienne Davodeau

Avis de tempête
sur climat social houleux
Anticyclone d’Étienne Davodeau (Delcourt, 56 pages, 2000)

Une femme, Nina, qui lutte pour exister, qui fait croire à sa famille qu'elle a un métier dans l'international. Un peu exaspérée par la médiocrité des relations de travail et l'exprimant vertement, elle se retrouve au bord du licenciement. Un début de grève pousse un employé à négocier pour une meilleure place au détriment de ses collègues. Tout ne se passe pas comme prévu, Nina et cet homme, surnommé Castor, se retrouvent en concurrence.

Une BD qui s'intéresse au "bas de l'échelle", ce qui est courageux, à en croire Olivier Adam,  qui, au passage, milite pour lire Bourdieu. Je ne puis qu'être d'accord avec lui.Ou encore Annie Ernaux, ce qui me fait d'autant plus regretter de ne pas avoir su apprécier En finir avec Eddy Bellegueule dont on voit dans les médias les remous que cela soulève.

Une histoire sur la survie, sur la lutte sociale (que des intellos en mal d'idées, ou à l'idéologie clairement polarisée, considèrent comme n'existant plus) et les compromissions ou les choix cornéliens qu'on est amené à faire lorsqu'on est à terre, écrasé par la précarité. La souffrance de devoir paraître, qui pousse une mère de famille à mentir, fruit de l'idéologie ultra libérale où sans rolex à cinquante ans on est supposé avoir raté sa vie. En revanche celui qui a proféré cette ânerie a raté l'occasion de se taire. Je plaisante. Il a très bien fait de l'ouvrir, l'arrogance permet de voir sans fard la médiocrité de ceux qui, riches/haut placés, se croient au dessus des autres. Avoir le sentiment d'être arrivé si haut et avoir des propos si bas, belle démonstration de bêtise.

Une bande-dessinée qui fait écho à tout cela et qui, en dépit du tragique, réussit à offrir quelques moments d'amour et de poésie. A lire également de Davodeau, Le chien qui louche et Les ignorants.

J'aime beaucoup !


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