dimanche 6 juillet 2014

Le chemin du serpent de Torgny Lindgren

La banalité du mal
Le chemin du serpent de Torgny Lindgren (Actes Sud, collection les inépuisables, 142 pages, 2014)

Incipit :
Lors du voyage que j'ai effectué dans la vallée de Vindlälven durant le mois d'octobre passé, j'ai réservé une journée pour me rendre à Kullmyrliden, lieu proche de la limite entre les communes de Lucksele et de Norsjö où, dit-on, s'est produite vers le milieu de la précédente  décennie une catastrophe naturelle de moindre envergure.

Une très belle édition (Les inépuisables), couverture en tissu et papier gaufré. Un vrai plaisir de lecture en dépit d'un sujet poignant et douloureux.

Dans un endroit reculé et arriéré, dans la Suède du XIXème siècle,  le "droit de cuissage" d'un commerçant envers une famille de fermiers. La mainmise du pouvoir du commerce et l'argent sur des miséreux, exploités, aliénés, car faibles. La survie de cette famille au travers de la musique (seule culture explicite) et la foi. Cette dernière, omniprésente, est régulièrement interpellée par les exploités et paradoxalement utilisée par le commerçant afin de mieux affermir son emprise, utilisant les ressorts de la rhétorique, une langue de serpent, manipulatrice et spécieuse.

Un texte fort, d'une beauté noire, avec un final qui entre en résonance avec le premier chapitre, comme un cercle sans fin, l'ouroboros de la banalité du mal. Sur les conseils avisés de Catherine. Cette lecture d'une tristesse indicible m'a laissé un goût amer ... Le serpent est un symbole fort, langue fourchue qui est le mensonge, mais aussi symbole biblique (dans le jardin d'Eden, pas si parfait que cela finalement) jusqu'à irriguer les œuvres modernes comme le cycle Harry Potter. Un livre où la phrase obsessionnelle "tu as du crédit" devient un leitmotiv du commerçant utilisant une langue pour masquer l'immonde vérité.

J'aime passionnément !




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