mardi 1 juillet 2014

L'utilité de l'inutile de Nuccio Ordine

No Logo
L'utilité de l'inutile de Nuccio Ordine (Les belles lettres, 223 pages, 2014)

Incipit :
L'oxymore qui constitue le titre de cet essai - L'Utilité de l'inutile - appelle quelques éclaircissements. La paradoxale "utilité" dont je voudrais parler ici n'a rien à voir avec celle au nom de laquelle les savoirs humanistes et, de manière plus générale, les savoirs qui ne produisent aucun profit en viennent à être considérés comme inutiles.

En pleine grève des intermittents alors que la culture par le tourisme rapporte énormément à la France comme cela l'a été rappelé par Thomas Legrand sur France Inter (se demandant à juste titre comment peut raisonner le MEDEF avec une vision aussi dépassée) un livre qui rappelle quelques fondamentaux.

A une époque où le 1% traite de fainéant les intermittents et le mouvement Occupy Wall Street. Ces intermittents ou ces working poor qui font plusieurs boulots, sont mal rémunérés et qui se retrouvent jugés par des riches qui ne bossent pas plus en terme d'heures mais ont en plus des voitures avec chauffeurs, des femmes de ménage, sont bien mieux soignés, mieux couverts par la sécurité sociale, mieux massés dans des instituts de soins, ont de plus belles vacances ... A cette aune je me demande où sont les vrais fainéants, les 1% sont clairement et de fait des assistés, ils ont même les moyens de l'être.Cela me ferait presque pleurer d'entendre de tels propos outranciers.

En plein succès du Capital au XXIème siècle de Thomas Piketty (dont le jugement sévère notamment par le Financial Times est un signe qu'il gratte là où ça fait mal). Certains ont critiqué que les plus riches ne sont plus les mêmes et que ce serait une erreur de jugement de la part de Piketty (oubliant l'introduction et surtout que cela fait une belle jambe aux pauvres) et surtout oubliant le thème central, des riches qui le sont de plus en plus et un écart avec les plus pauvres qui se creuse. Les 17 banquiers aux États-Unis gagnent plusieurs millions ... par mois. Quelle personne/métier mérite une telle rémunération ? Ne cherchez pas, aucun. Et certainement pas banquier, les fossoyeurs des démocraties (comme certains politiciens qui n'ont aucune intégrité). Je ne parle pas des banquiers de province. Un autre critiquant une erreur de Piketty comme quoi le capital ne peut pas être infini ... étant donné qu'il s'est dématérialisé et que certains produits financiers sont totalement déconnectés de la réalité tangible, au contraire, le capital peut augmenter indéfiniment, avec des opérations à la nanoseconde grattant la moindre parcelle de capital sur des produits complètement pourris (Voir le livre Le casse du siècle). Mais de toute façon Piketty ne dit pas cela, dès l'introduction, en parlant de Marx.

En pleine actualité, un tas d'affaires récentes (pouvoir et profits : BNP/Paribas qui méprise les lois et dissimule 190 milliards, Bygmallion, traffic d'influence) ou un peu moins comme Cahuzac, l'idéologie est ici dénoncée, la corruption et l'argent roi. Les loups de Wall-Street !

En plein démantèlement de l'éducation, une autonomie chimérique pour mieux asservir les Universités, pour ne citer qu'un exemple.

Bref, ce livre est un véritable Manifeste qui offre une bulle d'air pur.  Pour la défense des savoirs jugés "inutiles" et non rentables, ce livre rappelle que ce problème est assez ancien et déroule un historique de cette vision déshumanisée et utilitariste qui permet à certains d'estimer que La Princesse de Clèves n'est pas utile. Deux choses, la première, Franck Lepage dans des sketches (Inculture 1 & 2) démontre la perversité d'une telle inanité, la deuxième est qu'au salon du livre j'ai rencontré une personne sympathique et chaleureuse et qui m'a aidé à suspendre des tableaux inspirés de Laurent Corvaisier (il se reconnaîtra). Son boulot consistait à ranger dans les rayons de supermarché. Rien de déshonorant en cela, juste que la culture était pour lui une nécessité de survie.Q.E.D. quod erat demonstrandum ...

Livre essentiel, argumentaire solide et étayé, références riches.

J'aime passionnément.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire