lundi 7 juillet 2014

Under the skin by Michel Faber

The vampire strikes back
Under the skin by Michel Faber (Canongate Books, 296 pages, 2010)

Incipit :
ISSERLEY ALWAYS DROVE straight past a hitch-hiker when she first saw him, to give herself time to size him up. She was looking for big muscles : a hunk on legs. Puny, scrawny specimens were no use to her.


Une femme parcourt les routes d’Écosse à la recherche d'auto-stoppeurs. Après quelques échanges elle décide ou non de le garder ou de le déposer à une destination convenue.

ATTENTION : l'idéal est d'entrer dans cette histoire en en sachant le moins possible. Déjà que le film a une accroche qui en révèle déjà beaucoup trop ... Donc ne pas lire la suite si vous souhaitez garder les surprises intactes et le plaisir le plus intense.

Un livre difficile à classer, empruntant à différents genres, y compris l'horreur, mais dont tout le sel réside dans les indices qui sont égrainés petit à petit et qui modifie l'impression sur l'histoire et la personnalité de son personnage principal, Isserley. On fait des hypothèses qui évoluent au fil du temps, le mystère s’épaississant en dépit des informations fournies. On s'interroge beaucoup, l'auteur laissant place à l'imaginaire et la façon dont on peut rendre plausible l'histoire. Plusieurs thèmes sont abordés dont la difficulté des relations hommes femmes (voire les rapports simplistes ou superficiels des premières rencontres), la dictature de l'apparence  (chirurgie plastique, jugement sur la peau, les attributs visibles, les mutilations), les pensées diverses des différents hommes croisés (alors qu'Isserley est le point fixe autour de laquelle ils gravitent), l'essence qui définit un être humain, nos rapports avec l'animal, son exploitation etc. Souvent en inversant les rôles habituellement dévolues (C'est une femme qui "chasse" les hommes ; Le rapport humain / animal) et offre une profondeur onirique voire métaphysique riche en symboles et pistes à explorer.

Ce qui est intéressant est l'idée qu'on se fait d'Isserley. Elle semble tout d'abord rechercher un auto stoppeur. Peut être pour avoir de la compagnie ou faire sa B.A. Puis après plusieurs recherche et l'innuendo sexuel présent, notre point de vue dérive et Isserley est perçue comme une nymphomane. Une personne qui, au fur et à mesure de l'histoire, semble étrange et réagit bizarrement, ces quelques dissonances font penser à une personnalité pour le moins atypique et perturbée, puis une première révélation où Isserley devient alors prédatrice ... Pour quelle raison ? Serial-killer ? A peine le temps de s'interroger qu'apparait une ferme avec des hommes uniquement. Un complot, la C.I.A. (dont le nom est ferme en anglais) ?

Version française et
couverture du film éponyme
Au delà des révélations l'auteur  joue avec les clichés (ici une femme est une prédatrice et non un homme), sur les illusions (les apparences sont trompeuses et sur plusieurs niveaux de perception), les contrastes (l’Écosse et son accent rendent encore plus étrangère une Isserley et paradoxalement, on comprend par la suite, plus normale qu'elle ne l'est), un renversement des rôles qui ne touche pas uniquement les humains et les animaux, mais les hommes et les femmes, la sexualité, les normes sociales. Amusant que la source d'intégration pour Isserley, uniquement la télé, en révèle ses limites comme une critique en creux de la vacuité télévisuelle. Pour un livre qui parle des illusions dans lesquelles on se berce, la télé en est une belle illustration.

Une écriture qui sied à merveille pour véhiculer cette atmosphère particulière et qui au final interroge l'essence de notre humanité.

Une adaptation cinématographique a été faite avec Scarlett Johansson, qui était l'héroïne (sous forme de sosie) de La première chose qu'on regarde, avec au moins deux points communs puisque l'apparence était aussi un thème central de ce livre.

Le film utilise comme accroche La mutante comme référence, dans ce cas on pourrait y ajouter Lifeforce avec Mathilda May ou encore Soleil vert (trafic de matière organique d'origine ... critique de l'agroalimentaire). Cette histoire offre bien plus que cela.

Un livre sur la quête de soi, la solitude, l’incommunicabilité, l'économie de marché, etc. Un livre étonnamment riche et décalé.

J'aime passionnément !



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