dimanche 21 septembre 2014

Les résidents de Maurice G. Dantec

Effet tunnel
Les résidents de Maurice G. Dantec (Inculte, 652 pages, 2014)

Incipit :
Comme toujours après un meurtre, elle avait observé son corps dans le miroir. 

En parcourant les rayonnages de ma librairie préférée (vous savez les lieux qui tendent à disparaitre parce qu'on lit de moins en moins, ou alors des livres médiocres comme Cinquante nuances de Grey), que perçoivent inopinément mes yeux curieux ? Maurice Georges Dantec ! Il fait partie de ces rares auteurs dont j'ai relu plusieurs fois un livre, en l'espèce Les racines du mal. Format original, qui, je le précise au passage, est idéal à lire avec un lutrin sur les genoux, engoncé dans le canapé (moi, pas le lutrin). Oui, car à la longue, il pèse un peu sur mes articulations délicates.  Je parcours donc fébrilement le quatrième de couverture et je lis : "Vingt ans après La sirène rouge et Les racines du mal, Maurice G. Dantec revient au roman noir avec une œuvre totale, Les résidents." Cela me navre de le dire, mais ce n'est pas tout à fait juste, voire, si je me laissais entrainer à l'emphase, complètement erroné. Et ce ne sera pas une palinodie de ma part. Que nenni.

J'avais abandonné la lecture de Dantec car il partait dans des délires métaphysico-politico-géo-techno-économico-militaro-spirituo-etc... en usant et abusant de vocables provenant des sciences, des techniques. Je reconnais une langue unique, inventive, qui se détache du paysage littéraire et cela est bien sûr tout à fait louable. Croyant retrouver l'auteur des Racines du mal, ce qui est un peu le cas dans les disons 400 premières pages mais plus du tout après.  Et si je fais abstraction du délire science-fictionnesque de la fin l'histoire promettait beaucoup mais ne m'a pas satisfait le moins du monde. Un début où on suit une tueuse en série accompagnée d'un ado serbe tueur de masse, une suite écœurante où un enfant est séquestré et abusé par son père incestueux, puis l'arrivée dans un centre secret avec deux anciens agents de la C.I.A. Cela sur à peu près 500 pages. C'est long. Et la fin ne m'a pas récompensé ... On retrouve le angoisses et les sujets que l'auteur affectionne (ultra violence, virtuel/numérique, déliquescence de nos sociétés, manipulation, théorie du complot, surveillance, technologies omniprésentes, drogues etc) avec l'ajout des technologies dans le vent (ha ha) comme les drones, mais avec le style adopté après Les Racines du mal. Cela transparait dans deux extraits :

Les métaphores techniques de son père possédaient cette faculté simplissime de produire l'effet voulu pour rester durablement imprimées dans son système de références. (p. 407)
Il n'y a pas que les métaphores techniques. Dantec use et abuse de l'anaphore et, à la longue, je trouve cela épuisant.  Ainsi que de mots récurrents : irréfragable, mercure, miroir, simulacre, etc.
 -- Vous savez quoi ? J'm'en fumerais bien un petit ... (p. 497) 

Il n'y a peut-être pas que l'un des personnages qui a fumé ...Voilà en substance (illicite) comment je ressens la lecture de ce livre : logorrhée mutante quantique aux attracteurs étranges, irréfragables simulacres du destin, chaos survoltés d'un melting-pot sémantique aux néons mercure, langue-miroir du catastrophisme-religion, pop-culture urbaine d'utra-violence en streaming sur tous les channels, chaos not dead, radiance solaire de l'angoisse-ça post-freudienne. M.O.R.T. Style fécal hype, zeitgeist digital post-traumatique, auteur-roi, seigneur adulescent aux traumas vidéo-ludique oxydés, au langage narcissique free-style crépitant d'irisations cosmogoniques du Dieu Kantien mort-né sous perfusion C.N.N. en continu. Boucle neurale récursive , intégrale de la cartographie mentale pathogène, mémoire oscillante saturée. Arrêt brutal sur l'asphalte fragmentée. Extinction du regard-miroir, plasma au zéro absolu sur écran LCD ultra-HD. Chromatisme crypté, un doigt recouvert de latex chirurgical, crevant l’œil-regard new-age du hacker virtuel, n'existant qu'au travers d'une layer de réalité augmentée, disruptive technology, condensé sur une USB ultra-densité, ruban Möbius luminescent insuffisamment updaté. Voilà un peu l'effet que cela m'a donné, je n'ai pas le talent de l'auteur, il n'écrit bien sûr pas comme cela. Mais au final, pas pour moi, hors de ma portée. Dépassé par ce que veut dire Dantec. Très déçu. Mais j'admire l'auteur pour sa créativité et sa digestion post-moderne des artéfacts de notre siècle.
Cela contraste violemment avec Victor Hugo que je lis en parallèle. Un livre magnifique, j'en ai lu un tiers environ (soit 500 pages). Mais ce sera pour un autre article. Je reviens d'un vide-grenier mais le temps proche d'une humidité de 100% (heu oui, en fait il pleut) n'était pas idéal pour fouiner dans les caisses de livres. Revenu plus tôt, ce qui m'a permis de m'échauffer au piano avant l'arrivée de notre professeur attitré. Un mal pour un bien, en somme. Pour conclure, sur un sujet d'anticipation proche (enfin pas tout à fait quand même) il y a Daniel Suarez et son diptyque Daemon et Freedom avec une vraie idéologie derrière et l'usage de technologies réalistes (imprimante 3D ou Google glass) que je vous invite à lire.

Note : 4/10




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire