jeudi 23 octobre 2014

Les Misérables de Victor Hugo

Ce n'est rien de mourir;
c'est affreux de ne pas vivre
Les Misérables de Victor Hugo (Pléiade, 1485 pages)

Incipit :
En 1815, M. Charles-François-Bienvenu Myriel était évêque de Digne. C'était un vieillard d'environ soixante-quinze ans; il occupait le siège de Digne depuis 1806.
Paris au XIXème siècle, la misère des pauvres, la guerre de Waterloo avec des personnages connus et emblématiques comme Cosette, Jean Valjean, Gavroche, Fantine, Javert et les Thénardiers. Une fresque étonnante de richesse, de réflexions et qui relate les destinées sublimes de différents individus dont le plus édifiant, Jean Valjean.

L'édition en Pléiade explique les deux versions des Misérables et les notes , fournies, en précise le contour et le choix retenu. De même elles proposent des variantes, comme les sonnets de Gavroche, qui ont ont été modifiés assez conséquemment par l'auteur.

Une œuvre bâtie comme une cathédrale, après tout il s'agit de l'auteur de Notre-Dame de Paris, avec ses fondations solides, ses couloirs, ses recoins, ses bas-fonds, ses tours et sa flèche, pour atteindre au sublime.
Le livre que le lecteur à sous les yeux en ce moment, c'est, d'un bout à l'autre, dans son ensemble et dans ses détails, quelles que soient les intermittences, les exceptions ou les défaillances, la marche du mal au bien, de l'injuste au juste, du faux au vrai, de la nuit au jour, de l'appétit à la conscience, de la pourriture à la vie; de la bestialité au devoir, de l'enfer au ciel, du néant à Dieu. Point de départ : la matière, point d'arrivée : l'âme. L'hydre au commencement, l'ange à la fin.
Nous entamons l'histoire par l’évêque de Digne, l'auteur pourrait en dire tout le bien qu'il pense de ce juste, mais cela serait insuffisant, il va le démontrer à sa manière, sous plusieurs facettes. Puis il introduira Jean Valjean, son passé de forçat, sa noirceur, voilà pour quelques fondations qui prépareront à la rencontre de ces deux personnages et quelle rencontre ! D'autant plus marquante que la préparation a été minutieusement préparée. Le Juste, Jean Valjean et son retournement quasiment mystique, qui rappelle Le Comte de Monte Cristo sur plusieurs points, sont deux des figures quasi symboliques présentées au début de l'histoire. Et il y en a plein d'autres, les personnages se croisant pour en faire ressortir la substantifique moelle.
On est laid à Nanterre,
C'est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C'est la faute à Rousseau
Tour à tour politologue (digressions sur le pouvoir, les révolutions, la royauté, la république), sociologue (les couvents, la modernisation de la religion, la misère), journaliste, poète, historien (la bataille de Waterloo, les égouts de Paris), philologue (l'argot), philosophe (la liberté, l'éthique, la justice, l'équité, bien vivre, l'honneur, le bonheur etc.), écologiste dans cette digression étonnante sur les matières fécales et les égouts de Paris, l'auteur se mettant même parfois en scène, témoin de son temps, comme un journaliste. Ses détours comme la bataille de Waterloo (au moins 50 pages), passionnantes, pour présenter un aspect, dans la dernière page, d'un des protagonistes. Des moments de pure poésie, une histoire d'amour quasi impossible, des rencontres intenses, une fin épique, des portraits saisissants, inoubliables tant ils marquent de leurs empreintes.
Il y a des gens qui observent les règles de l'honneur comme on observe les étoiles, de très loin.

La puissance du verbe, une langue qui prend son temps et qui vous engloutie, un livre érudit, intelligent, profond, riche d'enseignement, qui pousse au paroxysme les frictions entre certains personnages, l'exploration de la noirceur humaine ; des phrases admirables, des envolées lyriques, un livre éblouissant de majesté, tragique et sublime, un chef-d’œuvre. Ce qui n'exclut pas un humour discret et des titres de chapitre digne d'un feuilleton.
MORTUUS PATER FILIUM MORITURUM EXPECTAT
Très content qu'il parle de Natoire dont j'ai pu admirer une des pièces à l'hôtel Dupanloup d'Orléans, ou encore de la Pagode de Chanteloup que j'ai pu visiter l'an passé avant d'aller à la Forêt des Livres. Une érudition qui laisse pantois, mais enrichit à chaque fois, je ne connaissais pas Restif de la Bretonne par exemple.

Un livre que j'ai terminé ce matin, avec beaucoup d'émotions. Un classique à lire ... et à relire.

Note : 100/10



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