dimanche 30 novembre 2014

L'aménagement du territoire d'Aurélien Bellanger

Da Vinci TGV
L'aménagement du territoire d'Aurélien Bellanger (Gallimard, 478 pages, 2014)

Incipit :
Classé 4 sur l'échelle de Turin -- requiert l'attention des astronomes, risque de collision supérieur à 1%, susceptible de dévaster une région --, le géocroiseur Apophis pourrait atteindre la Terre le 13 avril 2036.
Un livre assez étonnant, car traite d'un sujet a priori abscons, l'aménagement du territoire, qu'on imagine bien réservé à des hauts fonctionnaires aux vêtements grisâtres, manipulant des statistiques, étudiant des rapports administratifs denses et soporifiques. De surcroit l'histoire-géo n'est pas souvent la matière la plus citée comme étant source de joie et d'éclate totale. Mais Aurélien Bellanger réussit à rendre ce sujet passionnant, revisitant l'histoire, la géographie, et trouvant les points clés ou les éléments propices à rendre attrayante une région, par son territoire, son passé, et non par les spécialités locales (c'est pas le guide du routard !).

Il va mettre en avant une région, la Mayenne, une ville, Argol, et les divers points qui font muter ou permettent de faire muter en environnement. Quelles décisions, quelles forces en présence, sur le court, moyen et long terme. C'est le tracé d'une ligne TGV qui sert de prétexte mais aussi qui va précipiter les choses.

L'auteur prend de la hauteur et on sent l'intelligence de ses propos, faisant correspondre des événements souvent distants ou ayant semble-t-il peu de rapport entre eux, pour en sortir une réflexion, une analyse. Petit à petit on tend vers le thriller, le complot, les sociétés secrètes. Un peu comme un Da Vinci Code (écrit par Fred Vargas ? Umberto Eco ?), mais assez cérébral (oui ce n'est ni le Da Vinci Code, ni du Fred Vargas), en s'intéressant à la campagne plutôt qu'à une grande ville touristique, et à des matières qui interrogent notre humanité comme l'archéologie, à la politique d'aménagement d'une région, à la politique industrielle, à la lutte entre des capitaines d'industrie et des haut fonctionnaires souhaitant valoriser les territoires.

Un roman qui fait écho à des faits relativement récents comme l'affaire de Tarnac. (bravo pour le pastiche l’Étoile Absinthe) ou plus ancien comme Ted Kaczynski (Unabomber), et réfléchit sur les luttes de pouvoir plus ou moins visibles influençant l'environnement, que ce soit au niveau historique (et sa mise en forme, son contrôle), géographique (et l'impact économique de choix d'aménagement, lutte entre les régions, indépendantisme), mental (manipulation, théories du complot, propagande), politique (extrême droite), religieux etc.. Ce livre touche à beaucoup de sujets mais avec un esprit de synthèse étonnant.

Il y a trop de choses à dire d'un tel ouvrage, je ne sais si je lui rends justice, j'ai l'impression de partir dans tous les sens, mais en tout cas le livre se tient. Il est passionnant de bout en bout. Plus que d'avoir l'impression de se sentir plus intelligent après, je ressens surtout l'intelligence de l'auteur qui a écrit un livre maitrisé, voire brillant. J'aime l'éclectisme des sujets abordés. Du grand art. J'ai appris qu'il avait eu le prix du Zorba en sus du prix de Flore.

Note : 10/10

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