mercredi 12 novembre 2014

Le Royaume d'Emmanuel Carrère

Da Vinci Carrère
par Sir Emmanuel
 Le Royaume d'Emmanuel Carrère (P.O.L., 630 pages, 2014) 

Incipit :
Ce printemps-là, j'ai participé au scénario d'une série télévisée. En voici l'argument : une nuit, dans une petite ville de montagne, des morts reviennent.
Les réflexions personnelles sur le fait religieux et les origines du christianisme, un récit sur une quête spirituelle personnelle, une enquête sur les faits historiques à l'époque de Jésus et des apôtres, sur ce qui est crédible ou pas, et le choix de combler de façon réaliste ce qu'il manque. Pas à proprement parler un roman, en tout cas pas comme je le conçois. Pourrait faire partie des factions, comme pour Oona & Salinger. On suit les doutes, les changements, l'auteur ayant été croyant trois ans, puis non croyant, et l'introspection assez poussée sur la signification de la Vie ou du moins qu'est-ce que bien vivre, au sens spirituel et chrétien plus particulièrement.
L'écriture est enlevée, fluide, et cela se lit avec entrain même pour un non croyant. On sent que l'auteur connait, maîtrise le sujet, et prend plaisir à son exégèse. J'ai bien apprécié aussi les comparaisons contemporaines notamment avec le communisme. Ce qui me plait le plus est l’esprit d’analyse mis en œuvre, l’art subtil de l’interprétation, de la comparaison et la méthodologie mêlée d’intuition et d’imaginaire pour enrichir le corpus de l’étude biblique. Je ne suis pas expert et ne peux juger de la qualité finale mais en tout cas c'est particulièrement convaincant. L’auteur a le mérite de préciser lorsqu’il invente, déduit, compare et n’hésite pas à s’impliquer et dire franchement ce qu’il pense de tel ou tel fait. Sur ce point c’est d’ailleurs parfois assez drôle. Enfin si on prend suffisamment de distance et de recul.  Le tout sans fausse pudeur semble-t-il mais aussi avec un peu de pédantisme, ce qu'il assume totalement. Mais le cabotinage ne me gêne pas, cela ajoute de la vivacité !

Quant aux personnes qui ont besoin, dans l'intérêt de leur croyance, que je sois un ignorant, un esprit faux ou un homme de mauvaise foi, je n'ai pas de prétention de modifier leur prétention. Si elle est nécessaire à leur repos, je m'en voudrais de les désabuser.

Un livre qui n'est pas un guide de développement personnel mais qui offre des pistes de réflexions spirituelles diverses, à tout le moins qui interroge. Ce qui n’exclut pas l'ironie ou le sarcasme un peu comme dans La lamentation du prépuce, assez caustique, et pourtant dans ce livre, l'auteur, Shalom Auslander, était, lui, toujours croyant. Ce thème de la foi sincère et totale était abordé au début des Misérables, par cet homme exceptionnel, l’évêque de Dignes. Cela aussi me plait que des lectures m'en rappellent d'autres.
En bref, Le Royaume est un livre original, pas commun dans ce que je lis habituellement, qui m'incite même à poursuivre ma lecture de la bible, débuté depuis plusieurs mois déjà. Autre coïncidence bien à propos, les références à Homère, L'Odyssée, que je lis également, tranquillement en parallèle des lectures habituelles. Ce qui tombe à point nommé. Offert à mon épouse il y a un mois environ c'est Catherine qui m'a incité à le lire lors de la dernière réunion du Club de Lecture La Marguerite. Un bon choix.

Note : 10/10

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