dimanche 28 décembre 2014

La fonction du balai de David Foster Wallace

Allô CÔco ?
Psychanalyse des contes défaits.
Manifeste de pensée latérale
La fonction du balai de David Foster Wallace (J'ai Lu, 700 pages, 2014)

Incipit :
La plupart des très jolies filles ont de très vilains pieds, et Mindy Metalman n'échappe pas à la règle, comme le remarque soudain Lenore.

Un livre ovni, où vous rencontrerez une perruche nommée Vlad l'Empaleur, qui éructe des propos tendancieux, un psychologue à l'éthique élastique dont les patients sont invités dans son cabinet sur des fauteuils mécaniques roulants, un éditeur dont la maison n'édite quasiment rien, l'installation d'un désert de sable noir comme projet d'aménagement, une grand-mère qui vit dans une pièce chauffée à 37,5°  et j'en passe.
"Oh oui nous le savons, n'est-ce pas mon précieux ?" siffla l'Antéchrist à la jambe.
Un travail d'écriture et sur l'écrit remarquable, dans ce monde de parole, de communication, et pourtant névrosé jusqu'à la moelle.  Un imaginaire débordant, avec des styles variés, dans une trame dense et ramifiée nécessitant un effort pour ne pas se perdre. Un humour très fin, deuxième voire troisième degré, teinté d'une ironie grinçante et désespérée. Une mise en abyme sur plusieurs niveaux, l'auteur prenant grand plaisir à troubler la frontière entre la fiction, le réel, la fiction sur le réel, le réel de la fiction, ajoutant des passages philosophiques et de réflexion à ce récit labyrinthique. Une fascination pour les histoires, pour les mots, le récit, où l'auteur teste certaines de leurs limites, peut-être critiquant en creux le storytelling constant des médias, les outils de communication, y compris ceux au service de la thérapie. Il décrit un monde d'illusion, de pertes de repère où chacun est confronté à ses limites pour exister.
Quand les gens commencent à s'imaginer qu'ils y connaissent quelque chose en littérature, ils cessent d'être intéressants, littérairement parlant, et ils ne présentent plus aucun intérêt pour ceux qui le sont. Tu es parfaite, c'est moi qui te le dis.
Des passages oniriques, voire surréalistes, un monde post-moderne, chaotique, absurde, non-sensique. Un livre génial et fou qui m'a rappelé, bien que je l'aie lu il y a longtemps, La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole, qui s'est suicidé lui aussi. Un côté Monty Python et pas seulement pour la scène du repas, Terry Gilliam et son Brazil déjanté, Boris Vian pour l'onirisme fantastique, Pynchon pour le roman complexe et érudit (entre autres), Murakami pour le brouillage des frontières rêve réalité, etc.  La psychanalyse des contes de fée de Bettelheim, sur le symbolisme, et Freud sur la sexualité. Les fictions du livre et à l'intérieur de celui-ci s'interpénètrent et s'influencent comme dans Le Magnifique avec Belmondo (le lecteur étant le spectateur, extérieur à l'objet dans les deux cas). L'auteur en tout cas a une clairvoyance lucide sur son époque et réussit à en faire un récit percutant. Il digère la culture pop et se permet de citer Le Seigneur des Anneaux (voir l'extrait supra).
Seul un grand homme peut rire de lui-même, mais seul un homme encore plus grand peut rire de cet homme.
Un livre qui parle d'aliénation, de manipulation, de contrôle, de paranoïa, de faux-semblants, des apparences, comme dans les romans de Philip Kindred Dick. Un livre qui débute par un trauma et qui se termine par

Bravo au traducteur car cela ne devait pas être une tâche facile. Un premier roman saisissant. C'est en lisant les entretiens qu'il a eus avec David Lipsky [1] dans Le Magazine Littéraire que j'ai voulu découvrir cet auteur. Quelle tristesse que D. F. Wallace ait mis fin à ses jours, j'aurais vraiment aimé le rencontrer et lui poser tout un tas de questions.
 LENORE : Par simple définition. Tout ce qui est dit  crée, limite et définit.
Une œuvre littéraire culte ! Je suis un homme de

Note : AAA

[1] Même si, en fin de compte, on devient évidemment soi-même. Sur la route avec David Foster Wallace. David Lipsky. Au diable vauvert.

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