jeudi 26 mars 2015

En face de Pierre Demarty

Sans dessus dessous
En face de Pierre Demarty (Flammarion, 190 pages, 2014)

Incipit :
Le 3 octobre, à cinq heures, un homme, dont le nom ne vous dira rien (lui-même ne vous en dirait guère plus), sort de son appartement, referme doucement la porte derrière lui, descend les escaliers, sort de l'immeuble, marque un temps d'arrêt, un dernier temps d'arrêt, à moins que ce ne soit le premier, traverse la rue, et voilà, c'est la dernière fois que Jean Nochez (appelons-le Jean Nochez) franchit le seuil de chez lui, ça y est, c'est décidé, ça a mûri et maintenant c'est décidé, encore que, décidé, le mot est fort, il sort, pour la dernière fois du moins avant longtemps, il ne sait pas encore combien de temps exactement, moi non plus, ni vous, on va bien voir.

Un homme, oui c'est bien un homme, perdu dans ses pensées, pensées qui ne nous sont guère présentées, enfin présentées, ce serait la moindre des politesses, mais il nous la vole, sans que personne ne s'en offusque, décide, enfin décide, on verra qu'il ne semble décider de pas grand-chose, s'égare serait plus juste, pas loin en vérité, peut-on s'égarer de façon proche ?, d'un proche de surcroit, qu'il quitte comme un capitaine abandonnerait son navire, bref s'égare dans un autre appartement, vide, un appartement vide, qu'il meuble, enfin meuble c'est vite dit, décore, d'un navire justement, coïncidence amusante, vous en conviendrez, et cet appartement se trouve juste en face de celui qu'il habitait avec sa femme et ses deux enfants, pas loin quoi, même carrément pas loin, en vis à vis, un fil ténu de son ancienne vie si on peut dire, un voyage dans le lointain mais sans partir, tel un navire dont l'ancre resterait obstinément coincée, un peu timbré comme attitude, ce qui tombe bien, l'homme en question est philatéliste, un collectionneur, un obsessionnel, pas clair en somme.

Un livre qui fait partie de la sélection du prix Roblès 2015, c'est le troisième de la liste que je lis d'ailleurs. Oui c'est vrai que comme précision, on s'en moque royalement. On est là pour parler du livre, normalement.

D'emblée un style qui se démarque, un parler nonchalant, pince-sans-rire, qui essaime joyeusement des figures de style, références, jeux de mots, le tout agrémenté de mots rares ou précieux.L'histoire en elle-même ne va pas révolutionner le monde, en revanche on s'y plonge totalement. Son style l'air de rien maintient l'attention, éveille la curiosité, nous emmène dans cet univers particulier.

  • Jeu de mot et référence tintinophile :
../.. casquette à ancre et barbe de capitaine ad hoc, qu'à force ../..
  • Concomitance de mot à connotation sexuelle (c'est moi qui souligne) :
Et Solange, dont on gage qu'elle ne s'est jamais aventurée au-delà des positions, étroites d'esprit et du reste, sur lesquelles campe d'ordinaire le missionnaire, ../..
  • ou pas du tout d'ailleurs (ici référence explicite à Claude Lévi-Strauss, auteur de Tristes Tropiques)
../..  attristés par les tropiques ../..
  •  Juxtaposition de mots qui en rappelle un autre :
Conques cassées à l'intérieur desquelles ../..
  •  Zeugmes :
 Par les temps et les hommes qui courent, ../..
  • Mot rares comme apax, apex et j'en passe

Bref, l'auteur s'amuse beaucoup et j'avoue que moi aussi. Une histoire aussi sur l'isolement et l'aliénation, glissant vers le conte métaphysique sur l'existence et  son sens. Deuxième degré, ironique, jubilatoire.

Attention SPOILER ALERT (en français : je vais dévoiler un élément de l'histoire ou la fin et cela peut nuire à votre lecture : n'allez pas plus loin vous êtes prévenus).  J'ai été surpris qu'un des personnages puisse acheter aussi facilement une arme : Smith & Wesson 317, classé catégorie B si je ne m'abuse, donc nécessitant une licence de tir, un carnet de tir (Six mois inscrit), une demande de détention auprès de la préfecture (un ou deux mois d'attente), bref qui ne s'achète pas vraiment (pas du tout même) comme un sachet de nougat ou une paire de tongs. Et là, tiens un Smith & Wesson 317, avec des munitions ? super !! non un seul suffira, je voyage léger. Non, pas d'emballage, c'est pour consommer de suite. Oui. Allez, à un de ces quatre ! Soyez sage j'en ai pas pour longtemps.

Bon à part cela, qui reste un détail vous en conviendrez, un livre singulier qui m'a bien plu. Voilà c'est dit ! Ah oui, pour les plus attentifs, ceux qui me suivent à la trace tels des Beagle dressés à la chasse au Dahu, et ceux qui ne sont pas dans le coaltar, j'ai suspendu Fred Vargas, temporairement bien sûr (dommage cela devenait intéressant), le temps étant une ressource limitée, et les livres du Prix Roblès au nombre de six (je crois), il y a des choix à faire. Adulte, mature, j'ai prix mon courage à quatre mains, et j'ai réorienté mes lectures dans une direction légèrement différente.  Mince j'ai fait trop long, Catherine va me gronder (enfin si elle a lu jusqu'au bout !!) bon, je ferai attention, une prochaine fois, ou une fois prochaine, c'est selon, enfin ça dépend, ça dépasse, bon tant pis.

Note : AA


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