mardi 7 avril 2015

Karpathia de Mathias Menegoz

Météo : vent pire, 100%
Karpathia de Mathias Menegoz (P.O.L, 697 pages, 2014)

Incipit :
Une épidémie de révolutions traversa l'Europe entre 1830 et 1831. L'Empire d'Autriche fut moins affecté que ses voisins car le Prince Metternich réussit à maintenir un couvercle policier et bureaucratique particulièrement pesant sur toutes les aspirations libérales. Bientôt, les fièvres révolutionnaires retombèrent.

Premier tiers du XIXème siècle. Un capitaine, comte de surcroît, s'arrange d'un duel pour s'affranchir de ses obligations militaires et se marier à Cara, une jeune aristocrate autrichienne qui se sent prisonnière des conventions de la haute société de Vienne. L'occasion pour les deux de reprendre en main un domaine en Transylvanie, dont le comte est l'héritier, laissé à la discrétion de quelques domestiques et qui avait été abandonné quelques cinquante ans plus tôt suite à une révolte et à sa famille massacrée. L'union de deux destinées, de deux désirs, de deux arrogances à l'ambition dévorante. 

Même si on n'atteint pas l'excellence de la tétralogie de Michel Folco, l'auteur nous emporte dans ce roman d'un autre temps, avec certes des personnages peu attachants, mais avec une aventure bien troussée. L'époque rappellera celle de Dracula de Bram Stoker, suggéré par le titre Karpathia rappelant les Carpates, le titre de comte, un des personnages qui se prénomme Vlad, un château noir et maudit, la soif de sang explicitement décrite etc. mais en l'utilisant judicieusement.

De la sélection du prix Roblès 2015, c'est le plus équilibré pour l'instant (il me reste Les enquêtes de Monsieur Proust à lire). Même si les autres de la sélection sont meilleurs sur certains points, j'apprécie beaucoup la cohésion d'ensemble de ce roman.

L'histoire est plus dense, avec des personnages plus fins, que dans Le Voyage d'Octavio. L'histoire a plus de sens et plus de profondeur que dans le livre En Face, où certes on s'amuse beaucoup, mais où on se demande un peu quelque part la finalité du livre. Karpathia est aussi plus un roman que Constellation, ce dernier ressemblant à une enquête personnelle, un romanquête (c) diraient certains. La psychologie des personnages (leur noirceur, ambitions, doutes, cynisme etc) est aussi plus fouillée que dans Aÿmati qui avait une dimension humaine, artistique et métaphysique indéniable mais au détriment des personnages, auxquels on ne s'attache guère. C'est vrai, difficile également de s'attacher aux Korvanyi, j'en conviens, on est fasciné par la spirale funeste qu'ils entraînent autour d'eux. Que cela se passe en Transylvanie est un plus car fait écho à tout un univers de contes et légendes. La même histoire dans la banlieue de Londres au XXIème siècle, avec des ragondins épilés comme héros, auraient une tout autre tonalité, aurait un cachet certain, mais manquerait, c'est possible, d'une certaine crédibilité.

Pour l'instant je suis très satisfait de cette sélection, je n'ai pas souffert comme avec Arden l'an passé (Oui, il a laissé sa trace ...)

Note : AAA

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