mercredi 29 avril 2015

Le Principe de Jérôme Ferrari

Être ou ne pas y être, telle est ...
Le Principe de Jérôme Ferrari (Actes Sud, 161 pages, 2015)

Incipit :
Vous aviez vingt-trois ans et c'est là, sur cet îlot désolé où ne pousse aucune fleur, qu'il vous fut donné pour la première fois de regarder par-dessus l'épaule de Dieu. Il n'y eut pas de miracle, bien sûr, ni même, en vérité, rien qui ressemblât de près ou de loin à l'épaule de Dieu, mais pour rendre compte de ce qui s'est passé cette nuit-là, nous n'avons le choix, nul ne le sait mieux que vous, qu'entre une métaphore et le silence.

Quel beau livre, le plaisir de la langue chez Jérôme Ferrari est palpable, un style soutenu que j'avais déjà apprécié dans Le Sermon sur la chute de Rome, dont je pensais avoir écrit un article dans ce blog (non, c'était en 2012, juste avant). Il sait saisir et décrire des sensations qui relèvent de l'indicible.

Il a toujours un style avec de longues phrases, il faudrait faire un programme pour trouver la plus longue, juste par curiosité. Si je ne suis pas concentré il m'arrive de devoir relire depuis le début ... (le début de la phrase, hein, pas le début du livre).

Ce livre parle du Principe d'Incertitude, le décrit avec des mots accessibles, explique surtout que la Physique était dans une impasse et qu'il fallait penser autrement. La pensée latérale est une faculté qui permet les découvertes les plus incroyables. Pas de chance, le nazisme et la seconde guerre mondiale s'en sont mêlé, la découverte de l'atome (non celle de Savoie mais celle à l'uranium) étant lié à ces affrontements idéologiques et militaires et la physique quantique entachée par les deux bombes qui ont ravagé Hiroshima et Nagasaki.  Nous est conté la vie de Werner Heisenberg à cette période cruciale, ses pensées, ses doutes, ses choix. Une réflexion riche sur nos attitudes et même sur la Vie en général, avec une approche assez poétique de la physique, sublimé par le style de Ferrari que j'affectionne particulièrement. Un regard touchant sur le crime nazi et ses camps de concentration.

Une approche de la complexité et de la vérité, qui peut être changeante selon l'angle, jamais happée dans sa globalité, fuyante, et qui fait écho à ce principe de physique, comme à celles de nos âmes, irrationnelles. Un beau livre sur la recherche scientifique, qui ne peut être totalement déconnectée du réel, et en l'espèce, qui peut même lui exploser à la figure.

Par dessus l'épaule de Dieu ou celle de Satan ?

Note : AAA


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