vendredi 14 août 2015

La mort est mon métier de Robert Merle

Meine Ehre heisst Treue !
La mort est mon métier de Robert Merle (Folio, 370 pages, 1972)

Incipit :
Je tournai l'angle de la Kaiser-Allee, une bouffée de vent et de pluie glaciale cingla mes jambes nues, et je me rappelai avec angoisse qu'on était samedi.
J'ai un peu de mal avec la lecture de Le Miniaturiste que je trouve trop artificiel, les réactions du personnage principal sonnant assez souvent faux. Mais peut-être que cela va s'améliorer plus tard, j'en suis à une centaine de pages. M'intéressant à la période de la deuxième guerre mondiale (devrais-je dire seconde ?), j'avais noté lors de ma lecture du petit chef-d’œuvre Malevil,  que Robert Merle avait écrit un livre sur la trajectoire d'un Allemand, Rudolf Lang, qui devint non seulement officier nazi mais responsable du camp d'extermination d'Auschwitz (inspiré du vrai Rudolf Höss).

J'ai été surpris par l'introduction du livre où l'auteur explique le contexte de la parution de cet ouvrage et où il a subit une critique semble-t-il hostile. Peut-être le déni de réalité (syndrome de Don Quichotte ?) à l'ouvrage, ce déni que l'on retrouve chez Rudolf Lang dans une fin qui rappelle les dénis d'Heichmann lors de son procès en Israël.

En tout cas un livre édifiant où Robert Merle à nouveau fait preuve d'un talent sans pareil. Un livre où on plonge totalement, subtil, où certains mots ou phrases ne sont pas là du tout par hasard, pour peu qu'on soit averti de l'Histoire de la deuxième guerre mondiale (devrais-je dire seconde ?). Le final est suffocant et glaçant. L'auteur réussit presque, d'une certaine manière, à nous aider à comprendre comment cette infamie fut rendu possible. Car c'est une chose d'avoir entendu parler de l'holocauste, une autre de regarder des documentaires et encore une autre d'être mis au centre du sujet. Le projet de la solution finale était clairement explicite dans Mein Kampf et ne pouvait mener qu'à cela, si on en doutait avant, l'Histoire l'a démontré. Dans le livre d'Hitler tout y est, l'antisémitisme fanatique, l'endoctrinement, la propagande, l'espace vital, les Aryens. Le livre montre comment, derrière le manifeste, en mettant soigneusement les personnes adaptées à chaque endroit clés, il est possible d'en arriver à ce point singulier de l'Histoire : Himmler, Heydrich et ... Rudolf Lang. L'expérience de Milgram, à côté, rend peu compte de l'ampleur du possible, il n'y a pas seulement la soumission à l'autorité, il y a aussi des mécanismes de sélection à l’œuvre.

Un livre à lire. Pour ne pas oublier. Pour essayer de comprendre. Pour éviter que cela se reproduise. Pour prendre conscience qu'il ne s'agissait pas d'un détail de la deuxième guerre mondiale (devrais-je dire seconde ?).

Note : AAAA

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