mercredi 23 septembre 2015

La première guerre mondiale de John Keegan

Vanité, tout n'est que vanité
La première guerre mondiale de John Keegan (Le Club, 542 pages, 1998, 2003 pour la version française)

Incipit :
La Première Guerre Mondiale fut un conflit tragique et inutile. Inutile, dans la mesure où le fil des évènements qui la provoquèrent aurait pu être rompu à tout moment au cours des cinq semaines de crise qui précédèrent les premiers combats, si l'on avait fait preuve de prudence et de bon sens. Tragique, car elle provoqua la mort de 10 millions d'êtres humains, en traumatisa un plus grand nombre encore, et anéantit l'humanisme propre à la culture européenne.

La Grande Guerre, la der des der, qui a engendré la deuxième, de sa genèse, pas complètement expliquée, par étape, au conflit violent qui devint mondiale, et à sa conclusion, imparfaite, avec en germe les éléments qui allaient engendrer un autre monstre et toutes les dérives extrêmes.

Ce qui frappe tout de même à la lecture de cet ouvrage est que l'humain est une matière première comme les autres, les obus, les véhicules, l'essence. Une matière première qui s'use , se remplace, malléable comme un sac de charbon. Outre la déshumanisation que l'on ressent, la cruauté, la froideur, le peu d'intérêt pour le le soldat en tant qu'arme, je comprend mieux le pacifisme politique à l'aube de la deuxième guerre mondiale, ce qui a permis, ironiquement, à Hitler de poursuivre son fantasme impérialiste.

Également la froideur des militaires qui envoient à la mort plusieurs milliers de personnes (parfois en une seule journée) sans sourciller semble-t-il. Certes il faut "accepter" des pertes et garder son sang-froid. C'est le travail du militaire sinon faut faire un autre métier. Mais l'obstination sur plusieurs années de tactiques pour la majorité dès le départ vouées à l'échec laisse sans voix. Bien sûr il est aisé de juger a posteriori, dans un contexte très différent, d'une époque passée plus ou moins lointaine. Mais tout de même j'ai ressenti un amateurisme (meurtrier) plus prégnant dans ce conflit que dans le deuxième.

Mais quid de la sanction de tels comportements de chefs militaires (incompétence, plans mal ficelé, pensée magique, etc) parfois à la limite de la haute trahison (Exemple, Nivelle qui a parlé de son plan à Londres, qui a fuité en Allemagne et a contrecarré son offensive) ?  c'est le limogeage ou encore plus étonnant une récompense (nomination comme Maréchal) ce qu'il a été également possible de constater dans Winston Churchill.

C'est une une boucherie sans nom, écœurante dans les grandes lignes mais encore pire lors de témoignages de soldats français, britanniques ou allemands. Ces derniers sont parfois même écœurés d'aligner les cibles comme au champ de foire. L'impression d'un immense gâchis, d'un dilettantisme devant l'exécution de tant d'êtres humains. Même la lecture de ce livre ne doit approcher même de loin le vécu des atrocités commises. L'illusion concernant la guerre est à tout les niveaux. Une ignorance qui permet d'envoyer à la mort des millions de personnes qui en 1917 finissent tout de même par trouver qu'il y a de l'abus.

La défaite de la politique, la défaite de la pensée,  la défaite de l'humain. Défaite de la pensée militaire où par exemple certains militaires obtus voulaient garder le pantalon rouge de l'infanterie, cible parfaite !. Où les combats n'ont pas évolués depuis Napoléon voire, dans cette guerre d'attrition, depuis la bataille de Kadesh, où c'est celui qui a le plus de réserve d'homme qui finit par l'emporter, le degré zéro de la guerre, à la hauteur de l'impéritie des dirigeants. Car déjà maitriser ou non l'entrée en guerre relève d'un exercice de haute volée mais une fois la guerre déclenchée, à part faire de son mieux, le reste est quasiment imprévisible (durée, pertes, etc).

L'Europe au faîte de sa gloire (culture, économie, etc) mais où pourtant des capitaines d'industries se pourlèchent les babines d'une guerre possible (voir la série DVD Apocalypse La première guerre mondiale), source de profits. Cela n'a guère changé de nos jours. Une guerre familiale aussi puisque les dirigeants des pays belligérants sont pour partie de la noblesse et descendants de la reine Victoria. Enfin un effet domino qui n'a pu être induit que par la décrépitude politique, usée et assise sur une vision du monde dépassée, des plans militaires qui prennent leurs désirs pour des réalités (Plan Schlieffen, le front de l'Ouest plié en ... quatre semaines) etc. Le constat est accablant sur plusieurs niveaux. Pire, l'humanité n'apprends pas, n'évolue pas, ne profite pas des leçons, continue de rechercher les conflits, les profits et se dirige tranquillement à sa perte, comme on peut le constater pour d'anciennes civilisations dans Effondrement de Jared Diamonds. La civilisation mondiale peut ressentir que les indicateurs sont au rouge (réchauffement climatique, migrations, guerres, etc), il y a des experts qui alertent, mais voilà les forces en présence ne cèdent pas.

Un bon dossier de références, et une conclusion percutante. Un bon livre, éclairant, qui pose de bonnes questions, et remet en perspective ce conflit sur plusieurs points. Des cartes un peu sommaire, l'explication des divisions etc. pas claire mais une une analyse intéressante.

Note : AAA

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