samedi 10 octobre 2015

2084 : la fin du monde de Boualem Sansal

Les intellectuels sont portés au totalitarisme
bien plus que les gens ordinaires.
Georges Orwell
2084 : la fin du monde de Boualem Sansal (Gallimard, 288 pages, 2015)

Incipit :
Ati avait perdu le sommeil. L’angoisse le saisissait de plus en plus tôt, à l’extinction des feux et avant même, lorsque le crépuscule déployait son voile blafard et que les malades, fatigués de leur longue journée d’errance, de chambrées en couloirs et de couloirs en terrasses, commençaient à regagner leurs lits en traînant les pieds, en se lançant de pauvres vœux de bonheur pour la traversée nocturne. Certains ne seraient pas là demain. Yölah est grand et juste, il donne et reprend à son gré.

Une dystopie où le monde serait dirigé par une théocratie intégriste et totalitaire, déshumanisante et aliénante.

Si vous avez lu 1984 d'Orwell, Le meilleur des mondes d'Huxley, des livres sur les sectes (comme celui de Bernard Fillaire, Les sectes), Kafka, Limbo de Bernard Wolfe, des films comme Brazil de Terry Gilliam, ou si vous regardez l'actualité (en particulier l’État Islamique) vous n'y découvrirez pas grand-chose.

C'est un peu comme le dernier livre d'Umberto Eco, Numéro Zéro, où, sur un thème bien différent, celui des media, je n'ai rien appris qu'on ne sache déjà. Sauf qu'ici le livre est ennuyeux voire soporifique et c'est bien dommage. Peut-être est-ce volontaire afin de montrer qu'un tel monde serait d'une telle aliénation qu'il en serait vide de substance, dans ce cas c'est une réussite. Ce n'est pas dur à lire et cela éveille plein de souvenirs (lectures passées, actualités) mais cela ne me suffit pas.

Cela reste courageux de faire un tel livre, bien plus violent d'une certaine manière que celui de Michel Houellebecq, Soumission. Étonnamment ce dernier a été critiqué parfois sévèrement, alors que celui de Boualem Sansal est mis en avant, j'ai fait une recherche hier, il est même pressenti pour des prix littéraires. Cela est assez révélateur de plusieurs choses concernant le milieu idéologique des polémistes, des médias, des journalistes, de politiciens etc pour ce traitement différent des deux auteurs. Le parallèle avec l'intégrisme musulman est assez évident avec ce livre 2084, Yölah rappelle Allah, le phrasé rappelle celui du Coran (que je n'ai pas terminé non plus j'en suis à la moitié) mais plus généralement les dérives totalitaires d'un pouvoir spirituel quel qu'il soit. D'une certaine manière cela critique sévèrement la globalisation qui ici serait une uniformisation de la pensée, de la vie, la fin de la libre-pensée, de la liberté, la soumission totale, la fin de l'Art, la fin de la démocratie, la fin du monde.

En attendant je n'ai pu le terminer. Si je n'y apprend rien et si je m'ennuie, à quoi bon ? je suis aussi déjà convaincu qu'une telle perspective serait désastreuse pour l'humanité. N'ayant pu le finir, je ne puis donc le conseiller ou le déconseiller.

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