mercredi 23 décembre 2015

Rien où poser sa tête de Françoise Frenkel

Rien où poser sa tête de Françoise Frenkel (l'arbalète Gallimard, 285 pages, 2015)

Incipit :
Je ne sais à quel âge remonte, en réalité, ma vocation de libraire. Toute petite, je pouvais passer des heures à feuilleter un livre d'images ou un grand volume illustrée.
Mes cadeaux préférés étaient des livres qui s'empilaient sur des étagères le long des murs de ma chambre de fillette.

Un témoignage de première main d'une femme juive polonaise, qui avait ouvert la première librairie française à Berlin, qui a du fuir la montée du nazisme et qui, une fois en France, a été pourchassée parce qu'elle était étrangère et surtout juive.

Ce récit historique (1930-1945) m'a beaucoup touché car il raconte les aventures de l'auteur avec simplicité, sensibilité mais jamais pour se plaindre, par commisération ou pour faire pitié. C'est étonnant mais donne une force incroyable à ce témoignage sur la montée graduelle du nazisme, vécu et subit par une personne, sur l'ambiance de l'occupation, ambiance plombée, délétère avec pourtant quelques moments de joie, d'espoir. On ressent les mesquineries, la méchanceté, la haine de certains mais aussi, et c'est fou ce que c'est rassurant, la bonté, la générosité, l'aide d'autres, en particulier du couple Marius.

L'auteur décrit à merveille son quotidien, les petits riens, les tracas administratifs, les moments d'angoisse, ses stratégies pour survivre, les comportements des uns et des autres, les différences de comportement selon qu'on est un occupant italien ou allemand, les petits coups de main de quelques gendarmes et j'en passe. Si ce n'était si tragique certaines scènes sont assez cocasses, l'auteur ira jusqu'à se réconforter en pensant à Courteline, pourfendeur des travers de l'administration.

Un hommage aux livres, à cette première librairie française fondée à Berlin (!), à cet amour pour la littérature française d'autant plus saisissant et touchant qu'il s'agit d'une polonaise. Cette richesse intérieure l'a vraisemblablement aidée. J'aime beaucoup son style, fin, qui décrit avec délicatesse, sans méchanceté, sans esprit de vengeance. Même les moments les plus durs sont présentés sans chercher à dramatiser, ce qui n'enlève rien à l'aspect tragique de la situation, bien au contraire. L'ambiance générale et l'attitude des gens ont été altérées par l'occupation ou l'exode, ce livre l'illustre parfaitement.

Elle arrive à rendre vivant en quelques paragraphes, par exemple la galerie bigarrée des personnages de l'hôtel La Roseraie, ou encore ces quelques passages poétique où elle apprécie ce qui l'entoure, la beauté des paysages. Son aventure rocambolesque montre à quel point la fragilité de nos destinées. Qu'elle ait survécu et pu en témoigner rend particulièrement précieux cet ouvrage. Un livre rare.

Un livre magnifique avec une belle préface de Modiano, qui rappelle la destinée de l'édition de ce livre et quelques informations sur l'auteur. Une postface qui présente quelques documents (photos, notamment l'endroit où s'était implantée la librairie à Berlin, demandes d'indemnisation, couverture originale, autographe).

Un très beau livre que je recommande chaudement.

Note : AAAAAAA

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