samedi 23 janvier 2016

Disgrace de John Maxwell Coetzee

Généalogie de la violence
Disgrace de John Maxwell Coetzee (Points, 273 pages, 2002)

Incipit :
Pour un homme de son âge, cinquante-deux ans, divorcé, il a, semble-t-il, résolu la question de sa vie sexuelle de façon satisfaisante. Le jeudi après-midi il prend sa voiture pour se rendre à Green Point. A deux heures piles il appuie sur le bouton de la porte d'entrée de Windsor Mansions, il donne son nom et il entre.

Un professeur d'université vieillissant, désabusé par les étudiants, rêvant de passion à l'instar d'un Byron, son auteur préféré, s'offrant les services de prostituées, se découvre une passion pour une jeune étudiante. Découvert, répudié par l'institution, ce sera les prémisses d'une chute sociale, culturelle, relationnelle, familiale, sexuelle.

Un roman puissant qui, par palier, par quelques détours, frappe fort, tant par sa profondeur que par le non dit. Pas de scènes décrites avec fracas, pas de tape à l’œil, tout est dans l'ellipse, le non-connu, le manque d'information, la vue parcellaire du professeur, l'architecture discrète, non appuyée et pourtant qui fonctionne magistralement. Dans un environnement difficile, l'Afrique du Sud, avec ses codes, sa culture, ses us et coutumes, la vision occidentale, morale, paternelle est remise fondamentalement en question. Un livre qui m'a beaucoup touché, qui atteint un peu le moral tout de même. Livre écrit avec talent, une histoire enrichissante, un très beau roman tragique. L'illusion du sens de la vie que chacun se donne se fracasse contre le réel avec violence et désespoir. L'histoire d'une chute et qui s'interroge au passage sur la violence des rapports entre individus, l'abus de pouvoir du professeur sur une étudiante, la violence urbaine, la domination, l'exploitation, l'amour, le désir, les problèmes relationnels, familiaux, le viol, beaucoup de sujets en somme. Le parallèle avec la SPA, et l'euthanasie des chiens donne un relief particulier à l'ensemble. Celui entre la vie réelle et celle fantasmée par le professeur sur Byron et Teresa est aussi éclairante.

Lu sur les conseils (avisés) de Frédéric Beigbeder dans son livre  Premier bilan après l'apocalypse. Je l'avais suivi aussi pour l'excellent Mendiants et orgueilleux d'Albert Cossery. J'espère que cela continuera pour ceux que j'ai acquis récemment comme Les Rats de Bernard Franck, American Psycho de Bret Easton Ellis, ou encore Le loup des Steppes d'Hermann Hesse.

Note : AAAAA

Article écrit en écoutant California Dreamin' de Sia, Go Down Moses de Louis Armstrong, My own summer (shove it) des Deftones, Elastic Heart (piano version) de Sia. Amnesia de Keith Richards.

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