mardi 19 janvier 2016

Écoute le chant du vent, suivi de Flipper, 1973 d'Haruki Murakami

Hagakure
Écoute le chant du vent, suivi de Flipper, 1973 d'Haruki Murakami (Belfond, 326 pages, 2016)

Incipit :
«UN TEXTE PARFAIT, ou ce que l'on pourrait qualifier comme tel, ça n'existe pas. Pas plus que n'existe un désespoir parfait.»
 Voilà ce que me déclara un écrivain que le hasard me fit rencontrer alors que j'étais étudiant. Sur le moment, ces paroles furent pour moi une source de réconfort, même si je n'en compris le sens véritable que beaucoup plus tard. Bon, il n'y avait donc pas de texte parfait.

L'auteur s'explique sur cette parution tardive dans sa préface. Deux nouvelles écrites juste avant son premier roman, Le mouton sauvage, qui clôt le cycle du Rat, pilier de bar de son état. Il cite Agota Kristof, Le Grand Cahier (trilogie suivie de La Preuve et de Le troisième mensonge) dont le style est similaire au sien selon lui (phrases courtes, peu de périphrase, etc) ce qui est assez juste.

Dans la première nouvelle, il parle dès le début de la difficulté d'écrire, c'est d'ailleurs souvent le premier sujet qui vient à l'esprit lorsqu'on tente cette aventure, en tout cas c'était mon cas lorsque j'ai essayé. Il est difficile de sortir de cette obsession, écrire, mais quoi ?, écrire, mince c'est pas facile, écrire, est-ce intéressant ce que je dit ? Parfois j'ai cru que le lieu aurait de l'importance, de l'influence, un effet catalyseur. Pour Murakami, l'envie a été évidente, une révélation. L'endroit un coin de table dans une cuisine. Le support, une machine à écrire, la papier n'a pas été le bon choix, initialement. Il cite souvent, dans cette première nouvelle, l'écrivain Derek Hartfield et là, j'avoue, je me suis bien fait avoir, très amusant et très bien fait.
- Si c'est réellement ce que vous pensez, répondit-elle, vous pourriez tout aussi bien vivre dans une boite à chaussures.
C'était certes une idée magnifique.
Spécificité de Murakami, ces histoires sont très souvent imprévisibles, on se laisse lire comme on se laisse vivre. Comme un bain de soleil on se laisse imprégner d'une atmosphère qui irradie ses contes défaits. La solitude, le sens de la vie, la jazz, des thèmes récurrent. Le Rat, le bar J. commun aux deux nouvelles. La deuxième a des passages drôle (les jumelles, 208 et 209) et carrément magiques, notamment les parties concernant le flipper, la Spaceship. Le dialogue entre le narrateur, qui lit Critique de la raison pure de Kant, et la Spaceship est très beau.

Pour ceux qui aiment Murakami ils seront heureux de retrouver son univers, frôlant toujours l'onirisme, plein de surprises, d'amours éthérées, de vapeurs d'alcool, d'une amertume particulière, pour les autres c'est une bonne entrée en matière. En tout cas cela méritait d'être édité.

Note : AAA

Article écrit en écoutant l'album Relight de Dubphonic.

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