samedi 16 janvier 2016

François le Petit de Patrick Rambaud

Vroum !! vroum !!
François le Petit Chronique d'un règne de Patrick Rambaud (Grasset, 234 pages, 2016)

Incipit :
Ce qu'un monarque a de bon c'est sa bonhomie. Les gros rassurent ; on peut s'en moquer, croit-on, sans craindre le bâton. M. Charles Philipon, un ami de Balzac, dirigeait deux insolentes gazettes, La Caricature et Le Charivari. Lui-même dessinait.

A l'instar des Chroniques sur le règne de Nicolas Ier du même auteur, dont j'avais lu les trois premiers tomes, Patrick Rambaud relate les frasques, les sursauts, les travers, les promesses et autres billevesées, du pouvoir de François et de sa cour. Pour ceux qui croiraient s'en prendre une bonne tranche sur François le Petit, ils risquent de déchanter, outre Nicolas-le-fourbe, d'autres personnages clés de la clique politique en prennent pour leurs grades, et certaines affaires sont rappelées avec gourmandise. Rien qui ne défrisera particulièrement un lecteur assidu voire occasionnel du Canard Enchaîné, mais ici sous forme de pamphlet littéraire, le talent de conteur d'un Patrick Rambaud énervé en plus. Le livre se clos sur les atrocités commises par quelques crétins anencéphales : les attentats de Charlie Hebdo et de la supérette Kasher.

Il fait suite au Tombeau de Nicolas Ier et avènement de François IV que l'auteur résume en :
Que cent mille grâces vous soient rendues, Sire, pour avoir suivi le conseil que j’osai vous prodiguer à l’issue de ma dernière Chronique : vous avez finalement dégagé. La fin joyeuse de votre règne électrique, ô Désopilante Majesté, me permet d’entamer avec sérénité cet ultime volume de vos prouesses, lequel va relater par le menu l’affreuseté de votre dernière année sur le Trône, matamoresque et dangereuse.

La Politique n'en sort pas grandie (mais est-ce vraiment une surprise tant les politiciens changent d'avis, mentent, trahissent leurs promesses, se chamaillent comme des gamins de CM2, font honte à leur pays dans l'hémicycle, trempent dans des affaires, etc) ce qui interroge sur l'espèce humaine. Rien d'étonnant à ce que l'auteur fasse à un moment donné un parallèle avec les rats qu'il connait bien pour avoir écrit un roman sur eux. Une satire où on rit jaune. L'usage de termes qui rappellent la monarchie est bien sûr volontaire et démontre que le pouvoir et ses travers n'ont guère changé, que la Révolution Française n'a pas révolutionné tant que ça sur certains points, comme le rappelle  Henri Guillemin. Le pouvoir corrompt et on ne prête qu'aux riches/puissants. Cette semaine vous avez Lagerfeld et ses déboires d'évasions fiscales dans le Canard Enchaîné et d'un autre côté le contre-feu du Figaro (il est en couverture du Figaro Madame je crois). Et on apprend dans le Canard que Bernadette Chirac avait intercédé en sa faveur par le passé pour réduire ce qu'il doit. De telles collusions laissent pantois. Il y a quand même un point qui m'a surpris, lorsque Nicolas-le-rusé est allé faire de la diplomatie à l'étranger, contraire à celle du régime en place, ce qui relève pour le moins de la Haute Trahison et là Patrick Rambaud reste plutôt doux je trouve.

Bref, un pamphlet où le milieu politique est vilipendé avec férocité, gauche, droite, extrême-droite, l'extrême-gauche étant anecdotiquement traitée, agrémenté d'une conclusion provisoire proposant une taxonomie des crétins. Certainement mieux écrit que Merci pour ce moment, que l'auteur a du lire pour son travail, je le plains. Un plus pour la photo de couverture, très drôle !


A suivre, hélas ... pour rependre les propos de l'auteur ...

Note : AAA

Chronique écrite en écoutant Still Be Lovin' You de Fourplay, Los Muertos Vivos Estan featuring Tambuco Percussion Ensemble de la BO de Spectre (wouha la percu !), Sweet Nothin's de Brenda Lee (superbe !)

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