mardi 26 janvier 2016

Vers l'abîme d'Erich Kästner

La vie est le fait du hasard,
la mort une certitude
Vers l'abîme d'Erich Kästner (Éditions Anne Carrière, 252 pages, 2016 pour la présente édition, 1931 pour la première édition en Allemagne)

Incipit :
Assis dans un café du nom de Spalteholz, Fabien lisait les gros titres des journaux du soir : « Un dirigeable anglais explose au-dessus de Beauvais », « Un stock de strychnine au milieu des lentilles », « Une fillette de neuf ans saute par la fenêtre », « Nouvel échec électoral : toujours pas de ministre-président », « Meurtre au Lainzer Tiergarten », « Scandale au service municipal de l'approvisionnement », « La veste qui parle : une voix artificielle dans votre poche », « Baisse des ventes de charbon dans la Ruhr », « Les gratifications du directeur Neumann », « Des éléphants sur le trottoir », « Nervosité sur les marchés du café », « La sulfureuse Clara Bow », « Menace de grève générale dans la métallurgie », « Crime à Chicago », « Dumping du bois : négociations à Moscou », « Révolte des Starhemberger-Jäger ». Tâche quotidienne. Rien à signaler.

Un livre au destin particulier, fruit d'un dandy de la haute société berlinoise, dénonçant la dérive dans laquelle se dirige son pays. Critique, acerbe, il sera voué aux gémonies par les nazis, grands visionnaires totalitaires, utilisant l'ouvrage dans des autodafés nihilistes, preuve s''il en est de la clairvoyance de l'auteur. Ce dernier trouvera même nécessaire d'y adjoindre en 1946 une postface expliquant sa démarche. La traductrice y a ajouté sa propre critique et remarques... la crainte que le lecteur passe à côté de quelque chose ? Intéressant tout de même.
Peut-être n'était-il effectivement pas nécessaire de tabler sur l'élévation morale d'une humanité déchue ?
La description de la décadence d'une époque désabusée où la pauvreté se répand, où la perte de repères égare les plus courageux. Le héro de l'histoire essaye avec difficultés à donner un sens à sa vie. Après avoir essuyé une déception professionnelle, sentimentale, c'est la perte d'un ami cher qui le déstabilise le plus. Des passages qui donnent l'espoir, d'autres plus poignants, une certaine légèreté qui se désagrège au fur et à mesure.

Qu'attendait-il depuis toutes ces années ? Peut-être la confirmation qu'il était né pour être spectateur et non, comme il le croyait aujourd'hui encore, acteur sur le théâtre du monde.

Le titre résume bien la thèse défendue, cela ne donne pas la pêche, à l'instar du livre lu précédemment, Disgrace, il va falloir que je trouve quelque chose de plus positif, nom de Zeus !

Note : AA

Écrit en écoutant, entre autres,  I say a little prayer de LinaBurn it to the ground de Nickelback, Carmina Burana - Fortuna Imperatrix Mundi de Carl Orff, Stole the Show de Parson James, Ich will de Rammstein.

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