lundi 22 février 2016

Les rats de Bernard Frank

Toi qui entre ici
abandonne toute espérance
Les rats de Bernard Frank (Livre de Poche, 534 pages, 1985)

Incipit :
Les chars défilaient sur la promenade des Anglais. Bourrieu, agacé, quitta les tribunes. Qu'est-ce qu'il fichait au milieu de cette fête ? Un flic l'arrêta, alors qu'il voulait gagner le pavé.

Un groupe de jeunes intello désœuvrés et faussement cyniques, en pleine crise existentielle, habile aux jeux des codes sociaux, s'en délectant tout en en souffrant secrètement. Cela peut rappeler Hell de Lolita Pille (les deux recommandés par Frédéric Beigbeder dans son livre Premier bilan après l'apocalypse) sauf que chez cette dernière les personnages sont creux comme des tubes PVC.

Ici rien de tel, profondeur des personnages, complexité de leurs pensées, dialogues savoureux d'hypocrisie, de fausse naïveté, de manipulations, de faux semblants, la bêtise et la mesquinerie élevées à un art de haute volée. Un milieu mondain critiqué avec délice et cruauté. Le jeu social alambiqué des milieux intellectuels et littéraires, que Bernard Frank devait bien connaitre (il semble qu'il se soit fâché avec Sartre, car ce dernier apparait dans son livre)

Bernard Frank est presque aussi jeune que Bourrieu, l'un des personnages, et il est étonnant de lucidité, de raffinement, d'analyse des postures et des impostures. Très bien écrit, se déguste avec délectation. Cela me rappelle le regretté Gérard Lauzier et ses tranches de vies. Aussi caustique. Remplit de petites phrases à l'apparence profonde, comme "Ce sont toujours les mêmes hommes qui se mettent en short" et qui prêtent à sourire. Entre impostures et postures, à la recherche du sens de leur vie, avec parfois (rarement) la volonté de changer vraiment le monde ...

La fin est révolutionnaire :-) Littérairement assez intéressant. Écrit à 24 ans ? Chapeau ...

Bon j'étais en formation avancée pendant une semaine, assez éprouvant (mais passionnant) et je n'ai quasiment pas lu !! Cela me manquait ...

Note : AAAA

Non pas de musique pour écrire cet article. Ma fille est souffrante et je préfère garder l'ouïe aux aguets.

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