dimanche 13 mars 2016

Le cas Annunziato de Yan Gauchard

Le cas Annunziato de Yan Gauchard (Les Éditions de Minuit, 125 pages, 2016)

Incipit :
Le 16 mars 2002, dans le couvent dominicain aménagé en Museo nazionale di San Marco, à Florence, piazza San Marco, numéro 1 (téléphone 055-294883 ; entrée : 4  €), Camelia dei Bardi, employée de musée, outrepassa sa mission de surveillance en s'autorisant une farce qui se voulait simplement, en unique ressort, une amusante réprimande.

Une des sélections du Prix Roblès 2016. Après En attendant Bojangles et Today we live, j'en arrive à cette troisième sélection. La moitié !

L'histoire un brin farfelue et absurde d'un traducteur, Fabrizio Annunziato qui se retrouve enfermé dans une cellule d'ancien couvent devenu musée.

Cela se lit plutôt bien, le début m'évoquant fenêtre sur cour, pour osciller vers un passé historique plus sombre lié au terrorisme. Pourquoi pas. Le style m'a légèrement déplu, j'ai hésité entre un style d'écrivain débutant comblant le manque d'idée, pour décrire un scène, par des paraphrases alambiquées (comme dans La ligne de courtoisie de Nicolas Fargues, exercice de style oulipien),  une parodie du style de Jean Echenoz, ou un choix créatif assumé pour souligner l'absurdité du fond par la forme. Un style ampoulé qui n'est pas pour autant lumineux, parfois pour ne pas dire grand-chose, à la limite du nombrilisme, l'auteur s'écoutant écrire. Par exemple (page 10) :

"../.. l'épouvantable facilité de séquestrer un homme ../.."

bon, Annunziato vient seulement de se faire enfermer à clé, faut pas pousser non plus. Littérairement intéressant mais un peu lourd et pédant pour pas dire grand-chose ou faire grand cas d'un détail futile. Cela peut amuser, mais point trop n'en faut. Autre exemple (page 93) :

../..  « On ne pourrait pas le voir ? » chuchote silencieusement et interro-négativement ../..

on passera sur le non-sens du chuchotement silencieux (oui, ok, c'est un oxymore renforcé à double hélice, c'est poétique/littéraire/soutenu/stylé bla bla bla), qui peut à la rigueur évoquer de bouger les lèvres sans parler mais le interro-négativement ??? (c'est moi qui souligne) pour dire ce que le lecteur a déjà lu (phrase interrogative avec une négation) est d'un lourdingue assez pénible. Ce genre de pesanteur ne se rencontre pas à chaque page, mais de temps en temps, régulièrement, et m'a un peu agacé. A ce jeu du style qui tue, l'auteur s'emmêle les pinceaux, plein de détails sur le MP5, d'Heckler and Koch, la longueur de 660 mm, bla bla bla (comme dans l'incipit, prix du repas, n° de tél du resto etc. pour faire genre), pour parler d'enrayement du ... percuteur (page 63). Je serais très curieux qu'il m'explique comment un percuteur peut s'enrayer. Une culasse je peux comprendre, mais un percuteur ? Bref.

Mis à part ces effets déplaisants, le roman se lit pas trop mal. Je le trouve en deçà des deux autres sélections précédemment lues (vous vous en doutiez ???? Mince, j'aurais pas cru). C'est quand même original, à sa manière, et si vous êtes mieux luné que moi vous pourriez même adorer !

Note : AA

Écrit en écoutant le double album Valentina Lisitsa plays Philip Glass (magnifique !)

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