samedi 21 mai 2016

Purity de Jonathan Franzen

La comédie humaine
Purity de Jonathan Franzen (Éditions de l'Olivier, 744 pages, 2016)


Incipit :
- Oh, chaton, je suis si contente d'entendre ta voix, dit la mère de la fille au téléphone. Mon corps est encore en train de me trahir. J'ai parfois l'impression que a vie n'est qu'un long processus de trahison corporelle.
- Mais n'est-ce pas le lot de chacun ? répondit Pip, la fille.
Difficile de résumer un tel ouvrage sans édulcorer son contenu. J'ai lu le quatrième de couverture après et il est plutôt bien fait. En tout cas il m'aurait amené à le lire ce qui est, après tout, sa fonction. Mais souvent ils en disent trop et j'évite de le lire au préalable. Pas facile de choisir un livre donc. Alors comment j'ai été tenté ? Déjà de lire un livre de Jonathan Franzen? Je n'en avais jamais lu. Et puis le titre et la couverture. Enfin un résumé à la radio je crois, que j'ai coupé dès que mon envie de le lire s'est manifestée.

Bon c'est un monument de 740 pages. Personnellement je me suis bien senti dedans dès les premières pages. J'aime beaucoup le style, la profondeur des personnages et l'introspection des personnages qui, il faut le dire, est parfois assez alambiquée voire torturée. C'est aussi une réflexion sur notre époque et pas mal de thème actuels participent à l'intrigue (oui il y en a une, bon elle commence à pointer le bout de son nez vers la page 400 mais je n'étais pas pressé) comme la transparence, les whistles blowers, les réseaux sociaux, le journalisme à l'ère d'internet, le Pouvoir ,la Manipulation, la Trahison, la Folie,la Surveillance mais surtout les relations interpersonnelles entachées de mensonges, de peur, d'hypocrisie,  d'amour, de haine, etc. le tout se faisant écho avec la société en général. La construction de l'ouvrage est en plusieurs parties avec des flash backs, des points communs sur le passé de certains personnages et petit à petit comment ils vont se croiser. Le personnage du titre, Purity, recherche son père. Elle vit dans un squat, puis rencontrera tour à tour un lanceur d'alerte et un journaliste 2.0. Bon dit comme cela c'est pas top, mais difficile de résumer ce roman fleuve aussi densément riche.

Au regard du nombre de pages et de la relative complexité de l'ensemble, il est recommandé de le lire en peu de fois et de ne pas étaler sa lecture sur plusieurs semaines au risque de rater les liens entre les personnages, car l'auteur fait appel à notre mémoire. Ceci étant dit c'est justement cela qui m'a plu, la solidité de l'ensemble, la mécanique bien huilée de cette comédie humaine.Et puis les sujets abordés, je lis pas mal ce qui concerne les nouvelles technologies (réseaux sociaux et autres), la surveillance et les abus (NSA, Snowden, Wikileaks, LuxLeaks, Panama Papers etc).

L'auteur s'amuse même à se moquer de lui-même, une coquetterie tout à fait pardonnable, exprimant sa lassitude à l'existence d'un nombre inconséquent d'écrivain se prénommant Jonathan (insérer ici un sourire intello). J'ai parcouru, après ma lecture de ce livre, un article du Washington Post, où la journaliste regrettait la misogynie qu'on prête à cet auteur très connu maintenant, mais concluant que s'il s'agissait d'un premier roman d'un auteur inconnu il serait particulièrement prometteur. Certes certains personnages féminin sont gratinés mais c'est assez vite s'aveugler sur les personnages masculins dont certains assez gratinés aussi mais surtout des personnages comme Leila et bien sûr Purity.

Un livre que j'ai adoré, de bout en bout, un livre magistral, brillant, qui m'a donné une envie de lire les autres créations de l'auteur (Freedom ou Les corrections). J'ai écouté après ma lecture Le Masque et la Plume qui en a parlé le 15 mai 2016 et clairement Arnaud Vivian passe complètement à côté, un parti pris tellement caricatural qu'il en est ridicule,  la vision qu'il en a est assez polarisé, au contraire de ce qu'il dit le lecteur peut peser le pour et le contre sur le journalisme 2.0/lanceurs d'alertes (pour ne prendre que ce point évoqué), un livre bien plus complexe, profond et intéressant que ce qu'Arnaud Vivian en dit. Heureusement les autres intervenants ont une analyse plus subtile et équilibrée !! Même sur l'Allemagne de l'Est Vivian et Garcin ne sont pas convaincants, ayant moi-même lu sur la Stasi, mais voilà à part dire c'est n'importe quoi leurs propos sont étayés par ... rien, ha si le film de Spielberg (Le pont des espions je suppose), pourtant inspiré de faits réels (en somme l'argument d'autorité). Pour conclure un livre très intéressant comme le sont des livres du même calibre comme ceux de David Foster Wallace ou de Pynchon. Je n'ai pas trouvé de longueur, appréciant au contraire la profondeur d'analyse des personnages et l'effet induit d'une saga. C'est sûr tout le monde n'appréciera pas (normal après tout), cela n'en fait pas moins un excellent livre !

Note : AAAAA

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