dimanche 19 juin 2016

De nos frères blessés de Joseph Andras


De nos frères blessés de Joseph Andras (Actes Sud, 140 pages, 2016)

Incipit :
Pas cette pluie franche et fière, non. Une pluie chiche. Mesquine. Jouant petit. Fernand attend à deux ou trois mètres de la route en dur, à l'abri sous un cèdre.Ils avaient dit treize heures trente.
A partir d'une histoire vraie, le destin de Fernand Iveton, un français d'Algérie, qui va prendre fait et cause pour la libération de l'Algérie.

Une histoire difficile car la guerre, qui ne voulait pas porter pas son nom (on parlait des "évènements"), a été cruelle. La France n'a pas aussi bien négocié la fin de la colonisation que l'Angleterre, et préfèrera s'enfoncer dans une guerre sale, en torturant et abattant à tour de bras. C'était l'époque, difficile à comprendre pour moi de nos jours. Même aujourd'hui à l'émission L'as-tu lu mon p'tit loup ? interrogé sur les raisons des guerres, l'expert parlant des pays attaqués, envahis, parle de légitime défense. A l'époque de l'Algérie, il aurait considéré comme un traitre et lynché. Pourtant la France avait été occupée et n'avait pas franchement apprécié (à part les collabos et les fachos). Mais la realpolitik ce sont des intérêts économiques et d'influences etc. et pour ces raisons, un état s'assoit assez facilement sur les grands principes. Le destin d'Alfred Iveton est alors emblématique d'une telle situation, payant au prix fort l'inéluctable, la libération d'un pays, de son pays, seul européen à être guillotiné par la France lors de ce conflit. La Justice a, une fois de plus, brillé pour son manque de clairvoyance. Des politiciens, Coty et Mitterrand, qui ont bien entachés leur CV. Avec l'actualité il est difficile de soutenir des actes qui relèvent du terrorisme, mais le contexte était bien différent et le modus operandi aussi.

Prix Goncourt du 1er roman (refusé par le lauréat), j'ai apprécié les thèmes abordés : la raison d’État et le déni de Justice, la décolonisation de l'Algérie, le destin d'un idéaliste sacrifié sur l'autel d'intérêts soit-disant supérieurs, l'aspect historique, le sujet "politiquement incorrect" (oui il faut affronter les squelettes dans le placard de l'Histoire !!!).

Une tragédie écrite magnifiquement, un style court, haletant, un rythme paradoxalement enjoué, une lueur d'espoir au fin fond de la nuit soulignée par une histoire d'amour touchante, une écriture fluide, envoutante, qui ne vous lâche pas, passant avec souplesse d'un sujet à l'autre, ciselée comme la guillotine qui ... une claque qui m'a bien niquée le moral (ha bah merci, pour un dimanche soir, sympa ...).

Note : AAAAA

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