jeudi 21 juillet 2016

Mein Kampf : Histoire d'un livre d'Antoine Vitkine

Totem et Tabou
Mein Kampf : Histoire d'un livre d'Antoine Vitkine (J'ai Lu, 317 pages, 2014)

Incipit :
«Nom : Hitler. Prénom : Adolf. Profession : écrivain. » Tel est e métier que le chef du parti nazi déclare exercer à partir de 1925 sur les avis d'imposition adressés à l'administration fiscale allemande, que cette dernière, par-delà les temps, a pris soin de conserver.

Cela faisait un bout de temps que je souhaitais lire ce document. Surtout depuis le début de l'année où il y a eu polémique lorsque Mein Kampf est devenu libre de droit et que Fayard envisageait de l'éditer avec des commentaires. Les débats pour ou contre y allait de leurs arguments. Ce document, au travers l'histoire du livre même Mein Kampf, de sa genèse, sa diffusion à sa réception à notre époque dans différents pays, offre un bon panel de réflexions sur l’innocuité, avérée ou non, d'une édition officielle.

L'auteur replace dans son contexte la création de ce livre, l'importance de ses ventes au fil du temps, de la montée du nazisme, pendant la guerre, jusqu'à nos jours. Il rappelle à juste titre qu'il est possible d'acheter légalement Mein Kampf en France (il ne doit pas être en rayonnage, pas d'exposition). La partie très intéressante est l'après-guerre, notamment les historiens réputés qui n'avaient pas du tout pensé à évaluer qui l'avait lu ou pas en Allemagne. Personne, et cela dès le procès de Nuremberg ne voulait admettre l'avoir lu. Certes ce livre a été en grande partie imposé mais sur les 12 millions de livres diffusés rien qu'en Allemagne, le déni de l'avoir lu est remarquablement fort. Ce livre, Mein Kampf, fait encore polémique, c'est un objet complexe où tout le monde peut avoir un avis, mélange d'ignorance, d'a priori, de fantasmes, pour ne pas dire parfois de superstition. Les multiples éditions, parfois caviardées, parfois mal traduites, le contexte du nazisme, l'holocauste, ont rendu plus ou moins tabou le livre d'Hitler. Antoine Vitkine fait un travail salutaire pour décrire de multiples manières ce qu'il est possible d'en penser. Le plus inquiétant étant la destinée de ce livre au moyen orient, encore plus que dans les milieux d'extrême-droite. Étonnant également les commentaires d'américains sur Amazon.com, rappelés par Vitkine, dont un par un étudiant sortant de sciences politiques et ne trouvant pas Mein Kampf si antisémite que cela (!?!!!?) wahou, c'est à se demander s'il sait lire, si le livre a bien été correctement traduit, s'il a vraiment étudié les sciences politiques, voire s'il a un cerveau. D'un autre côté, quand on voit les soutiens au candidat d'extrême droite Donald Trump, et leurs avis (encore ce matin à la radio) tout est possible, on se dit que le populisme, le racisme, la bêtise, ont encore de l'avenir. Et que l'humanité n'a toujours rien appris.

Un livre salutaire (je parle bien sûr de celui de Vitkine) qui analyse les différents points de vue, les ambigüités de certains éditeurs (En particulier Sorlot des Nouvelles Éditions Latines), le rôle de la Bavière, détenteur des droits, les changements d'avis par des institutions comme la LICA/LICRA (pour les premiers il fallait lire Mein Kampf, pour les seconds le censurer), les filtres appliqués par certains lecteurs qui n'y voient que ce qui les arrangent (l’antisémitisme forcené), et surtout ceux qui ont un avis ... sans avoir lu une ligne du livre, et qui répètent comme des perroquets ce qu'on dit du livre (et on en dit des choses, tout et son contraire !). Vitkine montre aussi la difficulté de parler de cet objet si particulier, aux multiples facettes et relié à d'infinies digressions, qui peut, étonnamment, servir à des intérêts antagonistes. Vitkine ne répond pas à la question "pourquoi personne n'a-t-il rien vu venir alors que tout est écrit dans Mein Kampf" ? mais en donne une bonne idée. Oui il y en a qui ont vu clair dans le jeu d'Hitler (surtout Churchill) mais cela n'a pas pesé. Ce  document raconte encore bien plus de chose. Passionnant. Inquiétant. Éclairant.

Vitkine parle tout de même du Mythe du XXème siècle de Rosenberg, diffusé à plus d'un million d'exemplaire mais sans rentrer dans les détails, a-t-il été très lu ? liens avec Mein Kampf ? J'ai tout de même été surpris qu'il ne cite pas Alexis Carrel et son ouvrage L'Homme cet inconnu. Dans l'édition complète (1935) non remaniée des passages les plus polémiques, Carrel y dévoile son eugénisme et va jusqu'au gazage des êtres inutiles (oui vous avez bien lu, c'est discrètement en note de bas de page sur Wikipédia France et plus clairement indiqué sur Wikipédia Anglais). Cela aurait montré l'état d'esprit de l'époque (en France). Cela a-t-il eu une influence sur l'idéologie nazie et la solution finale ? Pure coïncidence l'histoire de Carrel et de son livre caviardé est rappelé dans une lecture récente, La répétition des scénarios de vie.

Note : AAAAA 




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