dimanche 11 septembre 2016

Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France de Michel Winock

Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France de Michel Winock  (Points Histoire, 505 pages, 2014)

Incipit :
Trois thèmes principaux font l'objet de ce livre, qui pourrait aussi s'intituler : le Moi national et ses maladies. D'abord, le nationalisme - ou plutôt les nationalismes, car le mot peut recevoir plusieurs définitions. Nous avons insisté sur les deux types que la France a connus : le nationalisme ouvert, issu de la philosophie optimiste des Lumières et des souvenirs de la Révolution (celui de Michelet, mais aussi celui du Général de Gaulle), et le nationalisme fermé, fondé sur une vision pessimiste de l'évolution historique, l'idée prévalente de la décadence et l'obsession de protéger, fortifier, immuniser l'identité collective contre tous les agents de corruption, vrais ou supposés, la menaçant.

En fait il s'agit plus d'un recueil d'articles, d'une compilation thématique que d'un essai, le tout reste tout de même cohérent et sans trop de répétition. Un angle particulier qui permet de revisiter l'Histoire de France. Comme d'habitude chez Michel Winock des propos argumentés, référencés, nuancés. Bien raconté, dynamique, détaillé, d'une riche complexité. Un sujet important qui montre la multiplicité des racines idéologiques, de leurs évolutions au cours de l'Histoire. Pas manichéen, des textes qui font partie du débat d'idées, loin de l'idéologie pesante des polémistes médiatiques. Montre aussi que des débats actuels (décadence, déclinisme, immigration, les boucs émissaires,  etc) ne sont pas nouveau (mais alors pas du tout, sachant que pour certains, comme la perte d'autorité, on retrouve déjà cette inquiétude à la Grèce antique !). D'ailleurs je lis Un samouraï d'occident de Dominique Venner (oui, je lis aussi des textes dont je ne suis, a priori, pas vraiment en osmose, ça énerve un peu mais c'est plus stimulant que de lire des choses dont vous êtes d'accord) ce qui permet de faire des liens très intéressant entre l'idéologie des années 30 et celles d'auteurs, d'idéologues d'extrême droite contemporain.

Il y a quelques chapitre où Michel Winock débat avec d'autres historiens. C'est plus sur la méthodologie, les définitions ou encore la cohérence d'idées, qui font que certains, qui tordent les concepts, se retrouvent à dire des choses qui manquent de consistance, de justesse ou s'éloigne du "vrai". Ces passages, pour ces raisons-là, sont très intéressants. On peut voir de nos jours des intellectuels pervertir les définitions, faire des amalgames et finir par dire des choses par pure idéologie ou manipulation politique. Michel Winock essaye, et c'est son grand mérite, de travailler en historien, de ne pas être partisan, d'éviter les biais idéologiques, et cette honnêteté intellectuelle est inestimable pour moi.

Un livre trop riche à résumer, plusieurs choses m'ont frappé, notamment l'antisémitisme extrêmement virulent des années 30, la complexité de personnages comme Drumont et Maurras, la restitution d'une époque révolue, le combat intellectuel entre la fin du XIXème et peu après la guerre. Et comment il est possible d'être antidreyfusard non par antisémitisme mais par pure idéologie : la défense de l'armée, que Dreyfus soit coupable ou non n'entrant pas en ligne de compte (!?). Le FN est peu présent dans ce livre même si les Le Pen y sont présent (un détail de l'histoire). Un livre en tout cas passionnant, éclairant, édifiant. Permet d'avoir une meilleure idée du nationalisme et du fascisme français, en quoi il se différencie du nazisme ou du fascisme italien, quelles sont les idées communes, pourquoi La Rocque n'était pas un fasciste etc. Un excellent livre d'histoire politique finalement. A lire du même auteur Le XXème siècle idéologique et politique.

Note : AAAAA

Article écrit en écoutant l'album The Burgh Island de Ben Howard. Hummm Oats in the water ... superbe !

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