jeudi 6 octobre 2016

Petit manuel pour une laïcité apaisée de Jean Baubérot et le cercle des enseignant.e.s laïques

Petit manuel pour une laïcité apaisée à l'usage des profs des élèves et de leurs parents de Jean Baubérot et le cercle des enseignant.e.s laïques (La découverte, 231 pages, 2016)


Incipit :
J'ai été élevé dans une famille de profs. Ma mère enseignait la philosophie au collège de jeunes filles de Limoges (Haute-Vienne), mon père l'histoire au lycée des garçons.
Un guide pour aider parents, profs et élèves à vivre la laïcité, en particulier à l'école.

Comment vivre la laïcité à l'école de nos jours ? Le livre tente d'y répondre avec des tendances à plutôt blâmer l'état, la loi, les usages etc. bref à être unilatéral. Les élèves, qui veulent exprimer leur foi, primant sur la neutralité de l'école, bien sûr pour le bien de tous, l'auteur se moquant du manque de précision sur la taille d'un voile, non précisé dans la loi, que l'état n'a pas à décider sur ce qui et religieux ou pas, tout ça est juste techniquement, discutable sur le fond, mais relève aussi et surtout d'une certaine mauvaise foi (sans jeu de mots) et d'une relative hypocrisie.  Dire tout à la fois qu'un voile n'est pas exclusivement un signe religieux ostentatoire (mais aussi parfois pour une ado d'embêter ses parents), tout en soulignant de nombreux témoignages de filles voilées, à chaque fois pour une liberté ... religieuse. 

Tendance aussi à parler des droits des élèves ... mais rarement de leurs devoirs. Ce livre incite au débat avec les élèves, qui est aussi le rôle de l'école, mais à un moment donné il faudrait faire comprendre aux soixante-huitards qu'il y a aussi des règles et que l'élève est là pour recevoir un savoir et non exprimer ses revendications qui relèvent de la sphère privée.

On pourra relever des points assez tendancieux (par exemple sur la charia page 102 : je cite, "../.. la charia serait contraire aux droits humains ../..", c'est moi qui souligne. L'usage du conditionnel se passe de commentaires.

Je comprends, dans ce cas, que certains soient accusés de Munichois, qui, historiquement ont cédés par pacifisme et "bonnes intentions", avec les conséquences que l'on connait, ce qui peut être aussi reproché à l'auteur et qui, au lieu de répondre sur ce point, préfère en déduire que dans ce contexte de Munichois qu'alors les jeunes musulmanes sont assimilés à des nazis (sic), page 110. Outre que comparaison n'est pas raison ce type de déduction spécieuse n'ajoute rien au débat et démontre une mauvaise foi étonnante de la part d'un auteur qui se veut apaisant et qui en appelle régulièrement à l'histoire. Des propos limite délirants.

L'auteur et ses partenaires s'intéressent beaucoup à l'islamophobie (citant Oriana Fallaci et ses propos racistes par exemple) mais en revanche s'intéressent peu voire pas du tout à l'islamisme radical et des problèmes qu'il pose (fatwa, attentats, provocations, sites extrémistes, journalistes ou caricaturistes menacés, communautarisme etc). Deux poids deux mesures, où, à nouveau, la laïcité est an cause, pas la religion. Cela donne un ouvrage mal équilibré, un peu faux cul, idéologiquement pas neutre, pour ne pas dire islamophile ou islamo-gauchiste si on reprend les qualificatifs, eux aussi polarisés, de l'autre bord.

Pas de remise en cause du concordat, ce qui est une entorse à la République, mais ajoute à l'idéologie sous-jacente des auteurs.

Les auteurs tapent sur la médiatisation exagérée ou la censure (de l'école et de l'état bien sûr, encore la vision unilatérale) au point qu'il aurait finalement fallu laisser, à les comprendre, le livre sur le créationnisme entrer dans les CDIs et n'en point parler dans les médias.
 
Autre exemple, page 113, le problème n'est pas l'élève qui menace mais l'équipe éducative qui ne respecte pas la loi, l'éducation passant à la trappe au passage. La loi est rappelée très souvent, mais en terme d'éducation la loi n'est pas tout.

Pour les auteurs, pas de problème avec l'islam, il parle même d'un islam imaginaire page 107 suivi dans les paragraphes suivant de tout un tas de souci liés à l'Islam ce qui donne l'impression d'un propos pour le moins contradictoire, mal équilibré.

Le plus gênant pour l'ensemble est le relativisme (la vérité de la religion au même plan que la vérité scientifique par exemple p 165) et je ne parle même pas du Darwinisme où c'est aux enseignants de se contorsionner pour apprendre quelques vérités aux élèves. L'auteur sait-il qu'aux états-unis les créationnistes ont réussi dans certains états à faire enseigner cette doctrine en parallèle des théories de l'évolution avec des critères d'égalité, aux élèves de se forger leur propre opinion, en toute liberté de conscience ? Comme quoi l'égalité est un concept qui peut prendre des formes pour tout et n'importe quoi, mais surtout ce sont les même critères utilisés par l'auteur, qui reviennent assez souvent, au détriment de la neutralité de l'école.

Un propos clair serait que la religion relève de la sphère privée et n'a pas lieu d'être dans une école laïque. Point. Priorité à l'éducation. Mais pour l'auteur il faut des compromis, en faveur des élèves bien sûr et au détriment de la neutralité. Comme pour le Kirpan des Sikhs, la règle de pas d'arme blanche à l'école subit une entorse.

Les extraits du livre de témoignages d'élèves voilées est un florilège des éléments de langage ressassés ad nauseam dans les médias et l'internet (blessure psychologique, stigmatisé, humiliant, injustice etc) propre aux ados en général et pour à peu près n'importe quoi, comme lors de la confiscation d'un smartphone en plein cours, et ne démontre pas grand-chose sur le fond, mais que ce soit utilisé dans ce livre sans de prise à distance ni de nuances relève quasiment de la propagande.

Un livre qui m'a interrogé sur plusieurs points par ses propos lénifiants mais qui, apportant des points de vue différenciés, des rappels sur des textes,  peut nourrir un débat sur un sujet moins simple qu'il n'apparait de prime abord. Dommage qu'il ignore Nasser qui se moquait des rigoristes qui voulaient voiler les femmes (vidéo disponible sur Youtube, avec une assemblée hilare). Dommage qu'il ignore les autres témoignages de femmes à qui on impose le voile (et bien plus) dans d'autres pays. Un livre qui fait le jeu du salafisme sous couverts de bonnes intentions et, comme chacun sait, l'enfer est pavé de bonnes intentions.

Note : AA

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