lundi 24 avril 2017

Informatique céleste de Mark Alizart

Informatique céleste de Mark Alizart (PUF, 202 pages, 2017)

  L'informatique embarrasse la philosophie depuis qu'elle est née.
  La philosophie aurait toutes les raisons de s'enorgueillir de ses remarquables succès. L'informatique n'est jamais en effet que l'aboutissement de tout le travail de formalisation de la pensée que la philosophie a entrepris dès l'aube de son histoire, de L'Organon d'Aristote à la Logique de Hegel.

Un essai qui a le mérite et l'excellente idée de rapprocher informatique et philosophie  voire d'inclure l'un dans l'autre ou du moins d'avoir une vision homogène de ces deux mondes dont il était temps qu'ils ne s'ignorent plus, cuisiné à la sauce post-moderne (on y reviendra).

Je précise de suite que j'ai des lacunes en philosophie (moins en informatique). Je ne suis pas capable de mesurer l'ampleur de ce défaut pour savoir dans quelle mesure je suis capable d'apprécier pleinement ce type d'ouvrage. Mon avis sera donc partial et partiel. Je pense avoir saisi une partie de l'ouvrage (30% ?), de peut-être avoir compris partiellement une autre partie (35%) et de ne pas vraiment avoir perçu la plus-value du reste, soit 35%. Le problème provient en partie de ce qu'a souligné Jacques Bouveresse dans son essai Prodiges et vertiges de l'analogie, agacé que j'étais en entendant l'usage abusif de termes mathématiques dans des matières a priori étrangères, pour, par exemple, considérer l'autisme comme un tore (exemple non tiré de cet ouvrage). Le théorème d'incomplétude de Gödel est à ce titre, l'usage abusif dans d'autres matières liées aux humanités, assez apprécié. Parfois il s'agit d'utiliser des termes ou des concepts  provenant de la physique, si possible quantique (cela fait mieux), cela permet de faire des comparaisons encore plus frivoles. Cet ouvrage n'échappe pas à ce travers, des analogies ou comparaisons abusives pour de surcroît en tirer des analyses.  Et comme chacun sait, à partir du faux on peut déduire n'importe quoi. L'ouvrage Chatbot le robot qui rapproche l'informatique et la philosophie pour se focaliser sur une I.A. qui aurait acquis le statut de conscience humaine est clair, accessible et n'essaye de vous enfumer avec de telles analogies. Je doute que l'auteur soit informaticien et maitrise un certain nombre de concepts. Logique de Hegel, quid de celle de Boole ? Langage machine comparés à des hiéroglyphes ? Pourtant le langage machine n'est constitué que de 0 et 1, c'est à partir de l'assembleur qu'il y a des symboles, donc, pour faire vite, comparer des 0 et des 1 à des hiéroglyphes me semble assez creux (Un hiéroglyphe à l'instar des idéogrammes est une idée, un concept, parfois une syllabe c'est vrai, un 0 ou un 1 n'est rien de tout cela, intrinsèquement parlant). Autre exemple page 173, "Le chat de Schrödinger, c'est nous". Mouais. Déjà Feynman disait qu'aucun physicien ne comprenait la physique quantique (alors M. Alizart ... ou moi d'ailleurs), mais surtout dans son ouvrage Lumière et matière - une étrange histoire il démontre, dans le cadre de la dualité onde corpuscule (expérience des fentes de Young), qu'il est possible d'expliquer le phénomène soit avec un protocole très simple que le lecteur peut expérimenter soit au travers d'équations très complexes que seuls des professionnels comprennent, mais qu'au final, dans les deux cas c'était des modèles qui simulaient le réel, que d'une certaine manière ils avaient la même valeur explicative, énorme non ?. Pour en revenir au chat il s'agissait d''expliquer qu'avant une observation l'état de la particule était non seulement inconnu mais dans deux états simultanément, c'était l'observation qui permettait d'en définir l'état final, pour faire simple. Maintenant dire que le chat de Schrödinger c'est nous, j'avoue je trouve cela joli, limite poétique, mais un peu foutage de gueule quand même. Car j'ai lu le livre French theory, très très fun, jubilatoire, créatif, imaginatif, fulgurant, mais avec un petit côté branlette intellectuelle. J'ai aussi lu Impostures intellectuelles d'Alan Sokal et Bricmont. Alors on ne me la fait pas à moi !! (lol)

De plus dans cet ouvrage jamais de contradiction sur l'informatique même (fragilité, extrême dépendance, ubiquité, effets de bords économico-sociaux, I.A., transhumanisme etc) nous sommes dans la pure abstraction intellectuelle, encore que, tout de même, il faut le souligner, le Système jouit (p. 175). Un  peu de sexe dans ce monde de brute cela ne fait pas de mal. Vraisemblablement la raison pour laquelle il considère (comme beaucoup) le robot de Métropolis, comme une femme. L'apparence d'une femme serait déjà une approche plus juste, peut-être une étude de Ceci n'est pas une pipe de Magritte pour l'auteur ? Oui c'est vrai ce livre m'a parfois bien agacé. Cela n'en fait pas un mauvais livre, bien au contraire !

Je ne vais pas m'étendre sur les "couleurs prismatiques" (c'est vraiment se la péter pour pas grand-chose, la lumière naturelle étant décomposée selon les lois de la réfractions comme dans un arc-en-ciel)  et les aspects les plus abscons de cet ouvrage. Je préfère de loin le livre d'Hofstadter Gödel, Escher et Bach, les brins d'une guirlande éternelle, cité dans cet ouvrage et qui marie magnifiquement poésie, mathématique, Alice, littérature et Art et n'empêche pas une réflexion philosophique. Néanmoins ce livre, par bien des aspects, est une source de nombreuses réflexions, pour les parties que j'ai peut-être compris, ou pas, ou les deux (merde, encore ce chat de Schrödinger !)

Note : AAA (il y en aurait eu plus si j'avais tout compris, fallait faire un effort M. Alizart !)


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